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La colère du monde paysan face à la loi d'urgence sur la souveraineté agricole4min
Par Cyrielle Blazikowski20/08/2026 à 08:25
Promulguée ce mercredi 19 août 2026, la nouvelle loi d’urgence censée répondre aux difficultés des agriculteurs suscite une vive contestation. Pour Roger Roux, co-porte-parole de la Confédération Paysanne des Bouches-du-Rhône, le texte fait le jeu du modèle agro-industriel au détriment des petites exploitations et de la transition écologique.
Alors que la loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricole vient d’être publiée au Journal officiel ce mercredi 19 août 2026, l’exécutif met en avant ses 55 articles destinés à simplifier l’accès à l’eau, renforcer la sécurité et mettre fin à la concurrence déloyale. Mais sur le terrain, le son de cloche est radicalement différent. Roger Roux, co-porte-parole du syndicat la Confédération Paysanne dans les Bouches-du-Rhône était l'invité de la rédaction de maritima radio hier soir.
Un texte taillé pour l’agro-industrie
Interrogé dès la publication du texte ce mercredi matin, le constat de Roger Roux est sans appel : « On n’est pas du tout contents, ni d’accord avec ce texte. » Pour le représentant syndical, cette législation s’inscrit dans la continuité des politiques passées, accusées de favoriser systématiquement l’agriculture intensive au détriment des structures à taille humaine. « Ce gouvernement, comme beaucoup de gouvernements auparavant, fait le lit de l’agriculture industrielle et suit les directives de la FNSEA », déplore-t-il.
Parmi les mesures les plus décriées figurant dans la loi : la facilitation de l'accès à l'eau via les mégabassines, l'agrandissement des élevages industriels et la simplification des autorisations de construction pour les bâtiments d'élevage intensif.
« On voit bien que cet été a été une catastrophe au niveau des volailles : des millions de volailles sont mortes sous l'effet de la chaleur. Et pourtant, on continue et on encourage ce système agro-industriel », rappelle Roger Roux
Un modèle paysan plus résilient face au climat
Face à ce qu’il qualifie de dérive industrielle, Roger Roux réaffirme les revendications portées depuis plus de trente ans par la Confédération Paysanne. Selon lui, c'est l'agriculture paysanne qui offre les vraies réponses face aux défis environnementaux et climatiques actuels. « C'est une agriculture qui résiste certainement mieux que l'agriculture industrielle face au changement climatique, même si ce n'est ni évident ni facile tous les jours », souligne-t-il. S’appuyant sur les témoignages du terrain, notamment dans les filières arboricoles et oléicoles fortement implantées dans la région provençale, le porte-parole insiste sur la capacité d'adaptation des structures à échelle humaine face aux épisodes thermiques extrêmes.
Vers la disparition totale des petits producteurs ?
Les inquiétudes de la Confédération Paysanne dépassent les seules questions environnementales : c'est la survie même du tissu social rural qui est en jeu. Pour Roger Roux, les effets de cette loi d'urgence vont accélérer la concentration des terres et la disparition des petites exploitations. « Le modèle industriel va continuer comme il le fait depuis des décennies : attendre que des petits paysans arrêtent pour racheter leurs terres et s’agrandir indéfiniment, faisant ainsi disparaître la petite paysannerie », prévient-il. Un phénomène d'autant plus alarmant que le secteur s'apprête à faire face à une vague massive de départs à la retraite d'ici deux à trois ans, risquant d'amplifier « la mort de l'agriculture paysanne ».
Mobilisation syndicale : l'attente d'une riposte
Cette loi d’urgence intervient après de longs mois de mobilisations et de tensions dans le monde agricole. Si la FNSEA semble avoir obtenu satisfaction sur plusieurs de ses revendications majeures, la colère reste vive chez les syndicats minoritaires.
Interrogé sur de futures actions sur le terrain, Roger Roux se montre prudent mais déterminé : « La FNSEA va rester tranquille si elle a obtenu tout ce qu'elle voulait. Maintenant, la Coordination Rurale et la Confédération Paysanne vont se mobiliser, certainement. De quelle manière ? On ne sait pas encore, mais on ne va pas rester les bras ballants et laisser faire tout ça, ce n'est pas possible. »
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