Bouches-du-Rhône
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Environnement
Espèces « nuisibles » : peu de modifications, mais un mécontentement unanime4min
Par Cyrielle Blazikowski02/09/2026 à 08:15
Alors que le gouvernement renouvelle l'arrêté régissant la liste des Espèces susceptibles d'occasionner des dégâts (ESOD), le débat fait rage dans le département des Bouches-du-Rhône et en région PACA. Entre arguments scientifiques, défense de la biodiversité et protection de l'agriculture ou des élevages particuliers, deux visions irréconciliables s'affrontent.
Le renard, la belette ou encore le corbeau restent des espèces considérées comme nuisibles. Remis à jour tous les trois ans, l'inventaire des ESOD a été publié au journal officiel presque à l'identique des années précédentes. Les quelques changements qu'on peut y lire sont loin de satisfaire les chasseurs mais ne font pas non plus le bonheur des associations de défense d'animaux, qui se battent depuis longtemps notamment pour supprimer le renard de cette liste. En France, les espèces concernées par le piégeage varient selon le département, voir même la commune. Depuis la dernière publication, il n'est plus possible de piéger la corneille dans la totalité des Bouches-du-Rhône. Quant à la ville de Martigues, elle a perdu le droit de chasser le renard, alors que plusieurs autres communes l'ont obtenu.
Un modèle inefficace et coûteux
« Nous sommes profondément déçus par le renouvellement de cette politique publique qui n'a aucune cohérence », explique Alice Brunet. Selon la présidente de l'association, ce dispositif manque cruellement de preuves scientifiques quant à son efficacité.
Elle s'appuie notamment sur une étude portée par un chercheur du Muséum national d'Histoire naturelle de Paris : « Cette étude montre que détruire ces espèces ne permet pas de diminuer les dégâts déclarés. De plus, c'est un non-sens économique. Quand on additionne le matériel, le temps passé et les munitions, cette politique coûte environ huit fois plus cher que le montant des dégâts réellement déclarés. »
Renards et fouines : des alliés naturels méconnus
Au-delà de l'impact financier, c'est l'équilibre écologique qui se trouve menacé. Dans le Var, ce sont principalement le renard et la fouine qui se retrouvent ciblés. Pourtant, ces prédateurs rendent des services écosystémiques essentiels. En régulant naturellement les populations de rongeurs — ravageurs de cultures —, ils protègent les activités agricoles. L'association dénonce une solution de facilité : « Parce qu'une espèce peut être détruite facilement par dérogation ou via des piégeurs, on ne se pose même plus la question de savoir si elle gêne vraiment. »
Pour les piégeurs, une présence indispensable auprès des agriculteurs et des particuliers
Un constat vivement contesté par le monde des chasseurs. Pour Jean-Luc Lacchini, président des Trappeurs du 13, le maintien du piégeage répond à une réalité concrète et quotidienne liée aux dégâts causés sur le territoire, sans avoir pour but d'exterminer une espèce. « Les oiseaux posent notamment problème dans le domaine de l'agriculture et ce qui va autour », rappelle le président de l'association départementale. « Ce qui nous concerne le plus par rapport au gibier, aux animaux sauvages, voire aux espèces en voie de disparition, c'est beaucoup le renard et la fouine. »
Outre le monde agricole et la préservation de la faune sauvage, Jean-Luc Lacchini souligne la demande croissante des riverains : « Aujourd'hui, beaucoup de monde habite à la campagne, veut avoir un poulailler et se retrouve avec le poulailler dévasté dans la nuit. On est là pour répondre à ces personnes qui, malheureusement, se retrouvent dans le besoin et se demandent comment faire face quand un prédateur rentre chez elles. »
Plus aucune ESOD ne figure sur la liste de Martigues. Les chasseurs de la commune avaient encore le droit de piéger le renard avant la publication de l'inventaire. La présidente de la société de chasse martégale La Loutre, Christelle Giuiliana, accuse un manque de constat de prédation. Pour qu'une commune soit puisse obtenir ou conserver le droit de piéger un animal nuisible, il faut plus de dix constats de prédation en trois ans. C'est à dire pouvoir prouver qu'une certaine espèce a été responsable de dégât sur la commune.
« Nous avons toujours eu le droit de piéger le renard à Martigues, mais nous n'avons pas eu assez de personnel pour s'en occuper », déplore Christelle Giuiliana. « Je pense que le piégeage de cette espèce reste nécessaire sur la commune. En trois ans, on peut s’apercevoir d'une prolifération du renard et se retrouver sans aucun droit de le piéger. »
Privilégier la cohabitation et la prévention
Plutôt que d'avoir recours à des méthodes létales, l'association Totem préconise la pédagogie et l'accompagnement du public. Depuis deux ans, une équipe de bénévoles se déplace sur le terrain pour évaluer et aider les riverains désemparés.
« Les gens nous appellent souvent par peur ou méconnaissance quand ils voient un renard dans leur jardin. Nous évaluons la situation et proposons des aménagements simples, comme la sécurisation des poulaillers. Dans 95 % des cas, cela fonctionne sans avoir à tuer l'animal », assure Alice Brunet.
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