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Aix-en-Provence

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Justice

"Je tiens à ma vie" : la peur des réseaux au procès à Aix du triple narchomicide

2min

Par Maritima 28/10/2026 à 07:41

Aux enquêteurs, il y a six ans, la veuve du narcotrafiquant avait tout dit des menaces qui pesaient sur son mari assassiné fin 2020 près de Marseille. Devant la cour d'assises mardi, la jeune femme fait volte-face, élude, ne se souvient pas.

Après plus d'une heure de déposition, entrecoupée de pleurs, l'épouse de Brahim Chabane, frère aîné du militant anti-narcotrafic Amine Kessaci, formule les raisons de son attitude fuyante: "Je ne sais pas si je peux en parler ici, je tiens à ma vie".

Au procès des cinq hommes jugés depuis une semaine à Aix-en-Provence pour l'assassinat de son époux et de deux autres trafiquants, retrouvés carbonisés, la peur de cette femme de 26 ans affleure dans toutes ses réponses aux juges, au parquet, à la défense.

Les questions sont nombreuses car dans les jours ayant suivi ce triple homicide, emblématique des guerres de territoire du narcotrafic marseillais, la jeune veuve avait fait aux enquêteurs des "dépositions précises, circonstanciées et réitérées" sur le contexte et les acteurs présumés du drame, rappelle une avocate.

Elle avait raconté comment Brahim Chabane, mort à 22 ans, "était dans le trafic depuis 2017", année de leur mariage - elle avait alors 17 ans - et comment il venait de récupérer la gestion d'un réseau de cocaïne. Elle avait cité les noms de ceux qu'il fréquentait et évoqué une dette de 100.000 euros qu'il essayait de récupérer.

 

"Rumeurs"

 

Six ans plus tard, confrontée à ses premières déclarations, elle botte en touche: "Je ne me souviens plus" ; "j'ai jamais dit ça, je ne sais pas d'où ça sort" ; "j'ai répété toutes les rumeurs entendues du quartier".

Des "rumeurs" qu'elle dit avoir rapportées au policiers pour qu'ils retrouvent les meurtriers, "pour qu'on prenne le truc au sérieux".

Devant les assises, cette agente hospitalière au physique juvénile assure qu'elle ne savait rien du trafic de stupéfiants auquel se livrait celui qui fut "le meilleur papa du monde" pour leur petite fille née en 2019.

Tout juste admet-elle aujourd'hui que "Brahim faisait des conneries à droite à gauche mais ça restait des petites conneries". "Moi j'allais travailler, lui gardait la petite", raconte-t-elle.

Quelques mois avant que son corps calciné soit retrouvé dans une voiture, le 29 décembre 2020, Brahim avait été la cible de deux tentatives d'homicide, lui rappelle le président de la cour.

Le magistrat s'efforce de ne pas brusquer la jeune femme qui avoue vivre "dans la terreur". "Je ne veux pas vous mettre en difficulté madame, nous comprenons votre situation".

 

"Aimé de tous"

 

Moins indulgente, l'avocate d'un des principaux accusés s'agace: "c'est inadmissible de dire blanc aux services de police hier et noir à la justice aujourd'hui (...) vous faites obstacle à la manifestation de la vérité", critique Me Inès Medioune.

Son client, Amine Oualane, est accusé d'être un des tueurs de cette opération destinée à éliminer des gêneurs, selon l'enquête.

Âgé de 32 ans, cette figure du narcotrafic marseillais a passé pas loin de la moitié de son existence en prison d'où il est devenu l'un des chefs de la DZ Mafia qui a imposé dans le sang son hégémonie sur les points de deal de la deuxième ville de France.

"Mamine" est aussi une piste dans l'assassinat, en novembre 2025, de Mehdi Kessaci, cadet de la fratrie, totalement étranger au trafic de drogue.

Petites lunettes sur le nez, échangeant des observations écrites avec ses avocats, Amine Oualane ne perd pas une miette des dépositions.

Également entendue mardi, la petite amie de Nassim Loubani, l'une des trois victimes, assure aussi avoir tout ignoré de ses liens avec le trafic de stupéfiants.

À ses yeux, elle fréquentait un jeune homme de 24 ans employé au "service clientèle d'une entreprise", "très aimé de tous" et qui, juste avant d'être exécuté, avait fait un aller-retour en Espagne avec des amis.

Après sa déposition, elle retrouve sur le banc des parties civiles Amine Kessaci qui assiste à tous les débats depuis le début du procès. Le jeune adjoint au maire de Marseille, qui demande "justice" pour son frère, pourrait être entendu par la Cour en fin de semaine.

 

 

A lire aussi. Triple narchomicide : face à la famille Kessaci, les accusés nient en bloc lors du procès à Aix-en-Provence

 

© Agence France-Presse (par S. Makris)

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