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Marseille : Après les pillages, le couvre-feu ciblé sur les mineurs peine à rassurer les commerçants3min
Par Michel Montagne20/10/2026 à 20:32
Trois jours après les saccages qui ont dévasté l'hypercentre de Marseille, la rue Saint-Ferréol et la rue Grignan portent toujours les stigmates des violences, avec une vitrine sur trois ou quatre barricadée de bois. Face à cette situation, le préfet a instauré un couvre-feu ciblant les mineurs de 22h à 5h dans le centre-ville. Une réponse jugée insuffisante, voire symbolique, par les commerçants locaux qui expriment leur désarroi et une chute dramatique de leur activité.

« Une mesure symbolique » face à la réalité du terrain
Pour Ziad, commerçant dans un magasin d'accessoires téléphoniques dont la devanture a été totalement brisée, le couvre-feu ciblé est une réponse inadéquate :
« J'ai cru comprendre que c'était uniquement destiné aux mineurs, je n'y crois pas forcément. Dans la manière dont c'est applicable, il faudrait un couvre-feu global. C'est pas comme s'il y avait une majorité de mineurs qui avaient cassé, je ne pense pas qu'il y a eu un recensement fait pendant les saccages [...], je pense que c'est juste une mesure symbolique mais qui ne sera pas effective et encore moins efficace. »
Se remémorant le samedi de violences, Ziad évoque la peur subie :
« J'ai fermé en catastrophe parce qu'il y a eu une horde de pilleurs qui sont venus. On a réussi à se protéger, à rentrer tranquillement. C'est extrêmement frustrant, c'est rageant, c'était prévisible. »
Et de conclure « On est fermés, donc le chiffre d'affaires n'est plus. »
« On vit avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête »
Même constat pour Alex, gérant d'une enseigne de vêtements sur l'artère commerçante, qui ne croit pas non plus à la portée d'un couvre-feu restreint aux mineurs :
« En terme d'impression, je pense qu'on est que sur du vent. On vit avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête depuis samedi, on ne sait pas dans quelles conditions on va ouvrir nos magasins. »
Présent lors des émeutes, il remet en question le profil des émeutiers ciblés par l'arrêté préfectoral :
« Je suis pas certain qu'un couvre-feu ça leur fasse vraiment grand-chose, de surcroît viser que des mineurs. Moi j'ai été là sur place, j'ai pas vu grand nombre de mineurs, j'ai vu beaucoup d'adultes, de pères, de mères de famille. Si on doit mettre un couvre-feu, qu'on l'expose à tout le monde, qu'on fasse en sorte que ce soit bien encadré et qu'on donne des moyens aux forces de l'ordre. »
Alex insiste également sur la distinction fondamentale entre les manifestants et les casseurs :
« Les gens qui sont venus ce week-end n'étaient pas des manifestants, c'étaient des casseurs. J'ai été à mon insu avec les casseurs pour confiner mon équipe, et j'ai été de mon gré avec les manifestants à la fin de ma journée, c'était pas la même attitude, la même énergie. Ce qu'on attend, c'est que les gens soient en sécurité. »
Un impact économique dévastateur et un sentiment d'insécurité persistant
Pour Selma, responsable d'une boutique voisine, le couvre-feu ne résoudra en rien le climat de tension et le traumatisme économique qui s'installe.
« Ça ne suffit pas et c'est pas ça qui va les arrêter selon moi. Je pense qu'il devrait y avoir plus de ressources en termes de policiers et plus de droits aux policiers d'agir. »
Bien que son commerce n'ait pas été directement saccagé, la désertion des clients et la désolation du quartier l'impactent lourdement :
« Le fait que tous les autres ont été saccagés fait qu'il y a beaucoup moins de monde dans la rue et qu'on a un chiffre d'affaires qui est ridicule. Aucune aide ne nous est donnée, et en plus on va être obligés de réduire notre effectif, c'est déplorable. Personne n'est dans les rues à part les touristes qui viennent regarder ce qu'il s'est passé... »
Elle témoigne également de comportements inquiétants au quotidien :
« On a des repérages, des petits jeunes qui viennent nous voir, qui nous rigolent au nez, qui nous disent "Si on veut rentrer, on va rentrer"... Ils viennent voir ce qu'il reste à prendre. »
Alors que la préfecture espère ramener le calme au cœur de la cité phocéenne, l'inquiétude reste vive chez les commerçants, suspendus à la menace de nouvelles dégradations et à une crise économique imprévue.
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