Fos-sur-Mer
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Environnement,
Justice
« J’ai un respirateur chez moi pour dormir » : des salariés d’ArcelorMittal Fos devant les Prud’hommes5min
Par Norhène Ouerfelli28/05/2026 à 15:02
Ce jeudi 28 mai 2026, le Conseil de Prud’hommes de Martigues a ouvert une audience historique. 163 salariés et anciens salariés d’ArcelorMittal Fos-sur-Mer demandent réparation pour leur « préjudice d’anxiété ».
C’est un dossier colossal qui pèse sur l’aciérie de Fos-sur-Mer. Après des années de combat syndical et une fermeture administrative temporaire en 2023, l’affaire ArcelorMittal se déplace sur le terrain judiciaire. Au total, ce sont près de 400 travailleurs (incluant intérimaires et sous-traitants) qui réclament justice.
« Minimiser plutôt que protéger » : la stratégie d’ArcelorMittal dénoncée
Pour Maître Julie Andreu, avocate au cabinet TTLA, l’exposition subie par les salariés n’est pas seulement grave, elle est « exponentielle ». Elle pointe du doigt l'incapacité de l'industriel à respecter la réglementation sur les agents CMR (Cancérogènes, Mutagènes et Reprotoxiques). « Il est toujours plus facile de nier, de minimiser, plutôt que de dire qu'on n'a pas réussi à mettre en place les moyens de protection efficaces et à tenir compte d'une réglementation qui existe en la matière », martèle Maître Andreu au micro de Maritima.
Les plaignants réclament 35 000 euros d'indemnisation par salarié. Une somme jugée légitime face à une « peur quotidienne » et un « bouleversement des conditions d'existence ».
« En moins d'une seconde, tout était noir »
Denis a passé 20 ans au cœur de l'usine. Son témoignage balaie les arguments de la direction sur la propreté du site. Il décrit des structures métalliques de 80 mètres de haut où la poussière s'accumule de façon vertigineuse. « En moins d’une seconde, tout était noir. Des poussières qui tombaient... il y a en gros 1m, 1m50 de poussière qui est amassée. Quand on entend dire que c'est bien ventilé... ». Il évoque également des protections dérisoires : des « vulgaires masques plats » chirurgicaux, bien loin des équipements de haute sécurité nécessaires pour filtrer les substances toxiques comme la silice ou le benzo(a)pyrène.
Pour Denis, la prise de conscience a été brutale lors des constats de l’Inspection du travail en 2023. « On s'est dit merde, c'est plus grave que ce qu'on pensait », confie-t-il. Aujourd'hui, sa santé est directement impactée. « J’ai été infecté par du Chrome 6. J’ai un problème respiratoire qui m’oblige toutes les nuits à porter un masque pour respirer, parce que je faisais des apnées énormes. Désormais, j'ai un respirateur chez moi pour dormir. »
La CGT promet d'aller « jusqu'au bout » du scandale sanitaire
Pour Stéphane Martins de Araujo, secrétaire général de la CGT ArcelorMittal Fos, l'audience de ce jour n'est que le sommet de l'iceberg. Le syndicat dénonce une opacité totale de la direction, notamment sur des prélèvements positifs à l'amiante qui auraient été cachés. « On a face à nous des gens qui n’ont aucun scrupule. ArcelorMittal est mis en examen pour faux et usage de faux et mise en danger délibérée de la vie d'autrui. La CGT ira jusqu'au bout pour défendre les travailleurs et les familles de nos camarades », prévient le leader syndical.
« La santé et la sécurité : la priorité du groupe », assure ArcelorMittal
Contacté par la rédaction, ArcelorMittal a tenu à repondre.
"L’entreprise n’entend pas commenter une procédure en cours, elle a fait valoir ses arguments juridiques et laisse à présent le conseil des prud’hommes faire part de sa position sur ces dossiers et les demandes des salariés. Elle tient à rappeler que le préjudice d’anxiété est sollicité par des salariés qui ne sont atteints par aucune pathologie en lien avec une exposition à une substance chimique.
La protection de la santé et la sécurité au travail est la priorité du groupe et les moyens de protection collective et individuelle sont mis en place pour assurer la santé et la sécurité des salariés. Nous sommes attentifs aux interrogations des salariés quant à leur santé, et avons mis en place avec la médecine du travail les suivis adaptés à chaque salarié en fonction de sa situation personnelle et ceci depuis de très nombreuses années".
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