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Justice
Narcotrafic : procès du "H", soupçonné d'être le recruteur d'ados tueurs à Marseille3min
Par Maritima 12/05/2026 à 07:16
Psychopathe inaccessible au remords ou pourvoyeur de sicaires pour la DZ Mafia? Le tribunal correctionnel de Paris tente depuis lundi de comprendre les ressorts d'un homme de 24 ans, soupçonné d'avoir recruté via les réseaux sociaux des adolescents qu'il chargeait depuis sa prison d'exécuter des contrats à Marseille.
Hacène Larbi, alias "le H", a pu revendiquer par le passé avoir agi pour le compte du groupe criminel, protagoniste de nombreux règlements de comptes sur fond de narcotrafic à Marseille. Mais dans le box, il se fait elliptique: "Je n'appartiens à aucun groupe, je n'appartiens à aucune mafia", "je suis juste une personne qui a su faire son argent, qui défend ses intérêts".
En ce qui concerne un assassinat avorté en 2023 à Marseille, au coeur du procès prévu jusqu'à mercredi, "c'est moi qui suis à l'initiative de tout ça", assume le prévenu.
Avec ses faux airs d'étudiant, moustache sous tignasse bouclée, ce Parisien d'origine ne veut rien dire des expertises qui décrivent sa personnalité "psychopathique", frappée aux sceaux d'un "détachement affectif", d'une "toute puissance", ne ressentant "aucun remords", "aucune culpabilité", "inaccessible à la honte" et pouvant jouir de la mort des autres.
La présidente pose une question aussi vertigineuse que glaçante: "Est-ce que vous prenez le risque de faire tuer pour que l'on parle de vous ?"
Hacène Larbi avait auparavant brièvement retracé une jeunesse fracassée, dénuée de toute affection: placé bébé en foyer puis en familles d'accueil, séparé de son jumeau à douze ans, il est incarcéré dans un quartier pour mineurs dès 2017, première d'une longue série de détentions dans une vie ancrée dans la délinquance et la violence. Lors d'une rare période de liberté, il est victime en 2022 d'une séquestration accompagnée d'actes de torture sur laquelle il ne s'étend pas.
Dans le box, "le H" affiche une nonchalance et une insolence ironiques, s'assied et se relève durant son interrogatoire. Il se tourne vers la salle comme en quête du regard du public, rit, échange quelques mots avec un coprévenu, bâille, demande quand l'audience va s'achever: "Il est déjà 16H00" et il est "fatigué", "debout depuis 07H00".
"C'est son problème"
Pour l'assassinat avorté, "une cible devait mourir" sous les balles du lycéen de 17 ans venu des Yvelines, concède Larbi, qui évoque un certain "Bagdad".
L'adolescent, qui doit être jugé en juin par le tribunal pour enfants, avait raconté avoir été contacté via Snapchat par "le H" depuis sa cellule de Réau (Seine-et-Marne). Il avait été pris en charge à Marseille par une jeune femme, également jugée pour avoir assuré la logistique, armes, munitions, logement. Surpris dans une impasse des quartiers nord par un passant, qu'il blesse à l'arme blanche, l'adolescent avait fui avant d'être dénoncé dans un appel anonyme aux policiers passé depuis le téléphone qu'utilisait Larbi en détention.
L'affaire fait écho à un dossier dans lequel "le H" est mis en examen: le meurtre le 4 octobre 2024 par un mineur de 15 ans d'un chauffeur de VTC marseillais, qui n'avait aucun lien avec la criminalité. Condamné en février à 17 ans de réclusion, le tueur avait aussi été dénoncé dans un appel anonyme depuis un téléphone utilisé par "le H". Celui-ci aurait été mécontent de sa recrue qui avait abattu un homme sans lien avec sa cible.
La présidente s'enquiert aussi du rôle éventuel de Larbi dans la fusillade ayant conduit à la mort en 2023 de Socayna, étudiante en droit abattue dans sa chambre, victime d'une balle perdue dans la cité Saint-Thys à Marseille.
Et elle relève que le lycéen des Yvelines avait tenté trois fois de se suicider. "Madame, c'est son problème", rétorque Hacène Larbi. "Au moment des faits, il était parfaitement conscient de ce qu'il voulait faire" et on ne "lui a pas mis le couteau sous la gorge".
En octobre 2024, le procureur de la République de Marseille Nicolas Bessonne avait pointé "une perte totale de repères" chez "des jeunes garçons (qui) vont répondre à des annonces (...) pour aller ôter la vie d'autrui sans aucun remords, sans aucune réflexion". Il s'était questionné sur le "rôle des réseaux sociaux" dans cette évolution.
© Agence France-Presse (par N. Gaudichet)
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