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La face sombre du Marché du Soleil en procès à Marseille

4min

Par Maritima 22/06/2026 à 14:30

"Centre français de la contrefaçon" pour les uns, temple des bonnes affaires pour les autres, l'emblématique "Marché du Soleil" de Marseille est au cœur d'un procès ayant débuté lundi et qui pourrait définitivement baisser le rideau sur cette institution locale.

Plus de 200.000 articles contrefaits saisis, une valeur estimée de 42 millions d'euros, cinq jours à ratisser les stands des commerçants : l'opération menée en février par les forces de l'ordre a confirmé l'ampleur prise par la contrefaçon dans le labyrinthique bazar du Marché du Soleil, situé non loin de la gare Saint-Charles.

Une partie de ces marchandises ( imitations de baskets Nike, sabots Vuitton, sacoches Hermès ) a été déchiquetée devant les caméras quelques jours avant le procès, qui doit durer une semaine devant le tribunal correctionnel de Marseille. "On a jeté les petites chaussettes, les petits T-shirts avant l'audience pour lui donner une couleur politique", a raillé l'un des avocats des prévenus, Thomas Hughes, à l'ouverture des débats.

Mais pour le procureur de la cité phocéenne, Nicolas Bessone, le Marché du Soleil "était devenu quasiment le centre français de la marchandise contrefaisante". Au point que dans les guides touristiques "ce marché était donné comme un must pour Marseille", s'était-il scandalisé, lors de l'opération de destruction.

 

"Mon cinquième enfant"

 

Plus de deux ans d'investigations ont abouti au renvoi devant la justice de 18 prévenus, dont trois sociétés, notamment pour "détention, production et vente en bande organisée de marchandise contrefaisante", "blanchiment" et "extorsion".

La plupart se sont présentés lundi devant le tribunal : plusieurs membres de la famille Dahan, propriétaire des murs, une salariée considérée par les enquêteurs comme gérante de fait du bazar, deux gardiens, ainsi que trois policiers municipaux soupçonnés d'avoir divulgué des renseignements sur les contrôles des autorités en échange de contrefaçons. Une fonctionnaire préfectorale est également poursuivie pour avoir touché un pot-de-vin.

Principale figure du procès : Georges Dahan, 81 ans, qui a lancé, à la fin des années 1980, cette galerie couverte de 3.600 m2 composée d'un dédale de 170 échoppes, des "box" loués aux commerçants 800 euros par mois.

"J'ai quatre enfants, le marché, c'était mon cinquième enfant", confie en marge de l'audience l'octogénaire, visiblement affaibli, à la tête d'AMG Promotion, société gestionnaire de la halle commerciale.

"Le Marché du Soleil ou le vivre ensemble par la preuve", proclame le site internet du négoce qui vante le brassage des communautés autour d'un bric-à-brac de vêtements, tissus, bijoux, vaisselle, dans un quartier populaire de la ville.

 

Economie souterraine

 

Les investigations racontent une autre histoire : une "gestion opaque et frauduleuse participant au trafic de contrefaçons (...) vendues aux yeux et su de tous", "un comportement passif et négligent" des propriétaires les rendant "complices" du trafic, des loyers perçus en liquide, des box sous-loués en dehors de tout contrat, des travailleurs clandestins...

Les enquêteurs ont aussi mis la main sur une quinzaine de machines à coudre, quatre presses à floquer et un tampon sec de la marque Hermès. Georges Dahan "a perdu pied" dans la gestion de sa société et "la contrefaçon a explosé il y a deux ou trois ans" sans qu'il en réalise l'ampleur, a affirmé son avocat Stéphane Ceccaldi avant l'audience. "Mais il n'est que bailleur, il n'est pas contrefacteur."

"Nous n'avons pas un seul contrefacteur dans ce dossier", s'est agacé Me Hugues, dénonçant la "faiblesse" d'une enquête qui ne reposerait que sur le témoignage de deux commerçants du marché.

"Ce n'est pas faute d'avoir voulu" en interroger d'autres, a répliqué la procureure Anne-Sophie Larrouy, mais entre baux irréguliers et sous-location, "on ne les trouvera jamais, on va les chercher mille ans."

Fermé par arrêté préfectoral pour six mois, le sort du marché semble scellé, entre risque de condamnations pénales, possible peine de confiscation des murs, demande de lourdes indemnités des marques de luxe parties civiles au dossier comme Dior, Hermès, Kenzo, Givenchy, Guerlain...

En 2024, 21,47 millions de produits de contrefaçon ont été saisis en France, pour une valeur estimée à 645,2 millions d'euros, selon l'Union des Fabricants (Unifab), association française de lutte anti-contrefaçon.

 

© Agence France-Presse - Photo d'archives

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