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Politique
Narcotrafic : l'Assemblée vote un texte pour étendre la protection des lanceurs d'alerte3min
Par Maritima 12/02/2026 à 14:01
Sous le regard de la mère du militant Amine Kessaci, doublement endeuillée, l'Assemblée a voté jeudi à l'unanimité pour étendre la protection des lanceurs d'alerte contre le narcotrafic, contre l'avis du gouvernement, lors de la "niche" parlementaire des écologistes.
Placée en première position de sa journée annuelle réservée dans l'hémicycle, cette proposition de loi écologiste prévoit d'étendre le dispositif de protection des victimes, témoins et repentis déjà existant à des personnes qui ne sont pas impliquées dans une procédure judiciaire.
Elle a été adoptée en première lecture avec les voix de la gauche. Le reste de l'hémicycle s'est abstenu, disant partager l'objectif du texte, mais doutant de l'efficacité du dispositif proposé par la députée Sandra Regol.
"Nous pouvons envoyer un message aux trafiquants, à ceux qui violentent, à ceux qui tuent, (...) En donnant à celles et ceux qui parlent et agissent aujourd'hui sans cadre et sans protection, une protection adaptée pour continuer à le faire", a défendu dans l'hémicycle cette députée.
Le texte prévoit que les services locaux de police et de gendarmerie mettent en place ces mesures, et qu'un "service national" soit saisi lorsque "le caractère sérieux de la menace le justifie". Ces mesures pourraient aller de la simple inscription d'un numéro de téléphone sur une liste prioritaire à l'attribution d'une identité d'emprunt, en passant par le fait de bénéficier d'une protection rapprochée ou de disposer d'une téléphone grave danger.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez s'est prononcé contre, estimant "qu'au-delà de l'intention", qui est "louable", l'Etat "garantit déjà la protection à toute personne effectivement menacée", que ce soit dans un cadre judiciaire ou administratif. A l'inverse, ce texte ferait courir un "risque" d'affaiblir les dispositifs déjà existants, estime-t-il.
Le ministre a ouvert ses propos en adressant son soutien à Ouassila Benhamdi Kessaci, qui vit, elle aussi, sous protection policière après l'assassinat de son fils Mehdi dans un probable "crime d'intimidation", en représailles à l'engagement de son autre fils Amine dans la lutte contre le narcotrafic.
"Des armes aux enfants"
Membre du parti Les Ecologistes, et candidat à Marseille sur la liste du maire sortant Benoît Payan, Amine Kessaci a encore dû être exfiltré d'un meeting à Aix-en-Provence, la semaine dernière à la suite d'une alerte de sécurité.
"La première fois qu'il (Amine) a eu des menaces, c’était au mois d’août, ils (les services de police) ont protégé Amine, ils nous ont laissé nous. On n’a pas eu de protection. Mehdi est parti comme ça, pourtant ils le savaient tous", a déploré Mme Kessaci lors d'une conférence de presse après le vote.
"On doit dire stop à la criminalité. Ils donnent des armes aux enfants de 14 ans pour tuer, et après ils se font tuer et se font calciner", a lancé, larmes aux yeux, cette mère de famille dont le fils Mehdi est mort en novembre, cinq ans après l'assassinat de son frère Brahim, dans un narchomicide.
Lors des débats, plusieurs députés ont reproché au groupe écologiste de vouloir "se donner bonne conscience" avec ce texte, comme Michaël Taverne (RN), les accusant de voter systématiquement contre tout moyen supplémentaire donné à la police pour lutter contre le narcotrafic.
Revanche
La suite de la "niche" parlementaire des écologistes - la journée dédiée à leurs textes - devrait être beaucoup plus agitée, avec dans l'air un appétit de revanche de LR et du RN, après que leurs propres niches ont fait l'objet d'une obstruction de la gauche.
De très nombreux amendements ont ainsi été déposés sur différents textes, plus particulièrement sur une proposition de loi constitutionnelle visant à accorder le droit de vote aux étrangers non-Européens aux élections locales. Un texte approuvé au Sénat en décembre... 2011, et qui s'il était voté dans les mêmes termes à l'Assemblée serait adopté définitivement.
"C'est demandé par (le président du groupe LR) Laurent Wauquiez, en disant +Ils ont torpillé notre niche, il faut qu'on torpille la leur+", assure ainsi un député LR.
"On est un peu dans un cercle vicieux des représailles, de l'obstruction, niche après niche", déplore de son côté un cadre du groupe Renaissance.
Plusieurs sources parlementaires anticipent ainsi que les débats n'iront pas au-delà de la deuxième ou de la troisième proposition de loi, sur un total de neuf. La deuxième porte sur la protection de l'eau potable, et la troisième sur la concentration des médias.
© Agence France-Presse (par S. Lerouge)
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