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Politique
Rue de la République : « Je ne suis pas là pour faire l'intérim », prévient François de Canson nouveau président de la Région Sud3min
Par Didier Gesualdi31/10/2026 à 13:00
Élu le 12 octobre à la tête de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur après le passage de témoin de Renaud Muselier, François de Canson a été immédiatement propulsé dans l'arène : colère lycéenne, inondations dévastatrices et violences urbaines. Reçu dans l'émission Rue de la République, l'élu varois déroule sa feuille de route. Du plan d'urgence de 2 milliards d'euros pour les lycées au bras de fer budgétaire avec Paris, entretien avec un président qui revendique une méthode de terrain.
Entre les inondations du 20 octobre, les contestations lycéennes et les dégradations subies par les commerces, François de Canson n’a pas eu une minute de répit depuis son accession à la présidence régionale. Une situation d'urgence qui ne semble pas déstabiliser l'ancien maire de La Londe-les-Maures : « Quand on accède à la présidence de la Région, il faut être prêt à toutes les situations. Je suis avant tout un élu de terrain, j’ai l’habitude des crises. C’est vrai que j’ai été bien servi depuis mon arrivée : les lycéens d’abord, le chaos dans la rue et les inondations. »
Rappelant sa proximité et son respect pour Renaud Muselier, qui lui a « laissé les clés du camion avec le plein », François de Canson entend imprimer sa marque : « D'abord c'était un Marseillais, je suis un Toulonnais. Je suis un gros travailleur, j'ai une grande capacité d'écoute et je prends des décisions. Je vais être très attentif à la vie des collectivités et parcourir en permanence ce territoire béni des dieux. »
Lycées : 2 milliards d'euros sur 10 ans et un refus net « d'emprunter à 5 % »
Au cœur de l'actualité de cette rentrée scolaire sous tension, le bâti des lycées concentre les inquiétudes. Dès sa prise de fonction, le nouveau président s'est rendu dans un lycée vandalisé à Salon-de-Provence et a échangé avec le Parlement des jeunes. Il annonce la fin d'un audit complet sur les 174 établissements régionaux via la plateforme « Allô Lycée ». « Il y a eu 2 milliards d’euros investis depuis dix ans dans les lycées. Je vais en injecter 2 autres milliards pour les dix ans à venir. J’ai sanctuarisé 300 millions d'euros dès l'année prochaine pour les travaux. Nous avons déjà débloqué 6 millions pour les urgences, et nous rajouterons 10 millions d’ici la fin de l’année pour l’adaptation au changement climatique », détaille le président de Région.
Face aux propositions du gouvernement suggérant aux collectivités de souscrire des emprunts pour accélérer les rénovations thermiques et techniques des lycées, François de Canson s'insurge : « J’ai été très étonné des réponses du gouvernement. Quand on me dit qu'on va me donner des facilités pour emprunter, j'ai envie de dire : je suis maire, président d'intercommunalité et de région, j'ai toujours su emprunter ! Mais est-ce qu'emprunter quand les taux sont à 5 % est une bonne chose ? Je ne pense pas. Laissez-moi agir, je sais faire, il ne faut pas m'expliquer. »
Bras de fer avec l'État : « Prenez 20 millions, mais laissez-nous 30 millions pour les lycées ! »
Alors que le projet de loi de finances (PLF) prévoit un coup de rabot drastique sur les dotations des collectivités territoriales, le président de la Région Sud ne compte pas se laisser tondre sans réagir : « Depuis deux ans, l'État a déjà pris 170 millions d'euros à notre région. Et là, ils veulent encore nous prendre 50 millions. Je veux bien participer à l'effort de guerre, encore que ce soit facile de mettre les collectivités à l'os quand on n'arrive pas à équilibrer son propre budget... Mais sur ces 50 millions d'euros, qu'ils en prennent 20 et qu'ils nous en laissent 30 pour les lycées ! Tout ce que l’État ne me prendra pas, je le mettrai directement dans les lycées. C’est la proposition concrète que j’ai faite au président de la République. »
Commerces pillés et violences urbaines : 10 000 euros d'aide d'urgence sous 15 jours
Très marqué par les scènes de saccage observées lors des récentes flambées de violences urbaines, notamment dans le centre-ville de Marseille, François de Canson rappelle le soutien indéfectible de la collectivité aux acteurs économiques : « J’ai été choqué par la violence, de ce que j'ai vu à Marseille un dimanche matin : des commerçants en larmes qui avaient tout perdu, des magasins pillés... Comme en 2023, nous avons réactivé le fonds d'urgence "commerce pillé". Nous allons verser 10 000 euros à chaque commerçant touché d'ici 15 jours pour lui permettre de reprendre du souffle. »
Une initiative portée par la Région (détentrice de la compétence économique), rapidement rejointe par le Département des Bouches-du-Rhône (qui apporte 5 millions d'euros) et la Métropole Aix-Marseille-Provence. L'élu met en garde l'État contre toute complexité bureaucratique : « Le ministre Papin et l'État doivent se caler sur notre guichet unique régional. Ça va vite et c'est efficace. Pas besoin de créer des usines à gaz administratives dont on ne voit jamais le bout. »
Inondations et réchauffement : « On meurt de l'administration, il faut simplifier »
Lui-même confronté à deux inondations majeures en 2014 dans sa commune varoise, François de Canson a immédiatement débloqué 5 millions d’euros d'aide d'urgence pour les sinistrés des intempéries d'octobre, ciblant en priorité le monde agricole et les éleveurs.
Mais le président pointe un mal français qui paralyse la reconstruction et la prévention : « Les mesures actuelles ne sont pas adaptées pour reconstruire vite. Les dossiers DREAL, DDTM... c'est d'une complexité absolue. On meurt de l'administration ! Il faut changer d'époque et simplifier massivement. »
Le 17 novembre prochain, à l'occasion du Congrès régional des maires, François de Canson accueillera Jean-Louis Borloo pour bâtir un plan de choc de simplification : « Je prendrai mon bâton de pèlerin et j'irai voir chaque candidat à l'élection présidentielle pour lui demander quelle est sa vision pour simplifier la vie des collectivités. »
Front républicain et ligne claire : « Chez moi, il n'y a pas de porosité avec les extrêmes »
Interrogé sur le climat politique national et la montée des tensions électorales, François de Canson a tenu à réaffirmer sa ligne républicaine sans concession : « Je suis contre tous les extrêmes, qu'il s'agisse de l'extrême gauche ou de l'extrême droite. Chez moi, il n'y a aucune porosité. J'ai toujours affronté et battu l'extrême droite aux municipales comme aux régionales. Et je ne suis pas là pour faire l'intérim : je suis là pour bâtir une équipe solide et conserver cette région en 2028. Chaque fois que nous sommes unis, nous n'avons jamais perdu une élection. »
Invité enfin à livrer sa conception de la République, François de Canson a conclu avec gravité : « La République, ce n'est pas casser, ce n'est pas le chaos. La République, c'est le respect, c'est Liberté, Égalité, Fraternité. Et ce qui me plaît par-dessus tout, c'est l'isoloir : quand un citoyen a son bulletin de vote en main, tout le monde est strictement égal. Alors j'ai un message : allez voter et exprimez-vous démocratiquement. »
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