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« J'ai senti que ce n'était pas normal » : quatre opérations, deux tumeurs et un « reset », l'Istréenne Chloé raconte son combat contre le cancer du sein

3min

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Par Manuel Danloy14/10/2026 à 16:11

À l’occasion d’Octobre Rose, nous avons recueilli le témoignage de Chloé Garnier, habitante d'Istres en rémission d’un cancer du sein diagnostiqué à l’été 2025, et celui de Caroline Maslé, thérapeute installée à Fos-sur-Mer. Entre le choc de la découverte, un parcours lourd marqué par quatre interventions chirurgicales et la reconstruction de soi, les deux femmes livrent un échange sans fard sur le regard des proches, les blessures du corps et la nécessité vitale de ne jamais rester seule.

 

Une alerte nocturne et une course contre la montre : « J'ai pris les choses en main »

L’histoire débute en juillet 2025. Une nuit comme les autres, un geste anodin va faire basculer le quotidien de Chloé Garnier. « Je me suis auto-palpée en fait. J'ai ma poitrine qui m'a gratté une nuit et, du coup, je me suis grattée. En me grattant, ben j'ai découvert que j'avais une grosseur particulière au niveau du sein », se remémore l'Istréenne au micro de Maritima.

Instinctivement, l'inquiétude s'installe : « J'avais la petite voix qui me disait que ce que j'avais, ce n'était pas normal et qu'il y avait de grandes chances que ce soit ça. » Sans perdre une seconde, elle contacte ses praticiens pour exiger les prescriptions nécessaires. Face à des délais hospitaliers incompatibles avec l'urgence ressentie, la jeune femme refuse de subir : « Les hôpitaux me donnaient des rendez-vous deux mois après. Je n'ai pas attendu d'avoir ces rendez-vous-là pour avoir le verdict. J'ai pris les choses en main et je suis allée au-delà des villes voisines pour avoir un rendez-vous. »

Lorsque le diagnostic officiel tombe, le vertige s'impose : « Pourquoi moi ? »

 

Quatre opérations pour un cancer atypique : l’épreuve du corps

Pour Chloé, le parcours de soins prend rapidement des allures de véritable épreuve de force. Loin des schémas classiques, la maladie se révèle particulièrement complexe.

« Moi j'ai ce qu'on appelle un cancer atypique », détaille-t-elle. « J'ai eu trois tumeurs en tout, dont deux cancers différents du sein, dans le même sein, en même temps. Donc j'ai un double traitement. Je suis toujours en soins, mais je suis en rémission. Donc du coup, ouais, quatre opérations... »

Dans cette bataille au long cours, l’environnement familial joue un rôle de rempart décisif. Chloé salue tout particulièrement la présence indéfectible de son conjoint : « Honnêtement, je pense que si mon compagnon n'avait pas été là pour gérer cette annonce vis-à-vis de moi, vis-à-vis de mes enfants et du reste de ma famille, je pense que le combat aurait été beaucoup plus difficile. Et c'est très important. »

 

Le tabou des couples brisés par la maladie

Cette solidarité familiale n'est malheureusement pas la règle pour toutes les patientes. Au fil des semaines, notamment au contact d'autres femmes suivies au sein de l'association Les Prestataires du Cœur, Chloé prend conscience d'une réalité brutale et souvent passée sous silence : l'abandon conjugal en plein traitement.

« J'ai rencontré des femmes qui étaient en parcours de soins et qui avaient été abandonnées par leur mari, délaissées, mises de côté », confie-t-elle avec gravité. « Parce qu'il y a un changement physique, il y a un changement psychologique. Et ça, il faut que nous, en tant que patientes, on l'accepte, mais il y a aussi le regard de l'homme qui partage notre vie. Il faut qu'il l'accepte lui aussi ce changement. »

 

À Port-de-Bouc, l'accompagnement de Caroline Maslé : « Renouer avec son corps et sa voix intérieure »

Pour traverser ce bouleversement intime et réapprendre à habiter son corps, Chloé a pu compter sur l'aide de Caroline Maslé, thérapeute établie à Fos-sur-Mer. Un travail fondamental pour redéfinir son identité : « Elle m'a apporté tout simplement l'acceptation de ce nouveau corps. Et de se dire aussi que, ben oui, on est une femme malade, mais on n'est pas qu'une malade. On est une femme. Renouer avec notre physique qui peut être compliqué aussi, accepter de se regarder dans la glace, parce qu'il y a des cicatrices qui sont là. »

Pour Caroline Maslé - qui accompagne adultes comme enfants confrontés à l'épreuve de la cancérologie -, la maladie impose souvent une rupture brutale avec l'extérieur qu'il est impératif de désamorcer : « Il va y avoir des moments de silence durant le passage du cancer. Il y a un repli sur soi, il y a une coupure aussi au niveau de la société parce qu'il y a des traitements, on a un rythme de vie qui est différent pendant les traitements, et souvent il y a un isolement, sans compter si en plus il y a des séparations », analyse la thérapeute fosséenne.

Dans son cabinet, elle privilégie une écoute active et profonde pour permettre un véritable sursaut existentiel : « Renouer avec la communication est fondamental, mais une communication aussi intérieure. Je viens aider la personne à aller se renouer à l'intérieur d'elle, de s'écouter et de se retrouver. [...] Je laisse place au malade et je le laisse parler dans toute sa spontanéité, dans toute sa présence, et j'essaie d'écouter son mal-être. Et la maladie, ce qu'elle vient lui dire... Le cancer, à quoi il sert ? Il y a quelque chose qui se passe, ce n'est pas un hasard. [...] Il y a un reset, un vrai reset. Le cancer vient transformer sa vie, vient transformer son esprit face à la mort aussi, la maladie et la souffrance. »

 

Le message d'Octobre Rose : « Ne pas rester seule, ne pas avoir honte »

Interrogée en conclusion par Manuel Danloy sur le message qu'elle souhaite adresser aux auditrices et à toutes celles qui mènent actuellement ce combat, Chloé a tenu à lancer un appel vibrant à la solidarité associative : « Le message, c'est de ne pas rester seule, de ne pas s'isoler dans la maladie. C'est d'aller vers les associations qui sont là pour justement nous donner l'opportunité de vivre du mieux possible la maladie. »

Adhérente de l'association Les Prestataires du Cœur, elle reconnaît pourtant avoir hésité avant de franchir la porte : « Moi personnellement, je ne voulais pas en entendre parler pour ne pas être avec d'autres malades. Et finalement, ben je ne regrette pas du tout d'avoir fait le pas vers cette association parce que... ça m'a permis d'assumer aussi et de ne pas avoir honte d'être malade. »

Un témoignage empreint d'émotion et de dignité qui rappelle, en ce mois de mobilisation générale, combien le dépistage précoce, l'auto-surveillance et l'écoute mutuelle demeurent les plus précieuses des armes.

 

 

Repères & Contacts utiles :

  • Dépistage & Prévention : l'auto-palpation régulière dès 25 ans et la mammographie de dépistage organisée (tous les deux ans pour les femmes de 50 à 74 ans) sauvent des vies. En cas d'anomalie visible ou palpable (grosseur, écoulement, déformation), consultez sans attendre votre médecin traitant, votre sage-femme ou votre gynécologue.

  • Soutien & Partage : l'association Les Prestataires du Cœur propose un accompagnement bienveillant et des actions de soutien aux patientes et à leurs proches tout au long du parcours de soins.

  • Accompagnement thérapeutique : Caroline Maslé, thérapeute à Port-de-Bouc, intervient auprès des malades et de leurs familles pour faciliter l'expression, l'acceptation corporelle et la reconstruction personnelle.

 

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