Marseille
-
Santé,
L'invité(e) de la rédaction
Octobre Rose : dépistage, thérapies et IA, les avancées du cancer du sein selon le Pr François Bertucci3min
Par Didier Gesualdi30/09/2026 à 17:33
À l’approche du lancement d’Octobre Rose, le mois dédié à la sensibilisation et à la lutte contre le cancer du sein, le Professeur François Bertucci, oncologue médical à l’Institut Paoli-Calmettes (IPC) et co-directeur d’un laboratoire de recherche sur la biologie des cancers, était l’invité dans la matinale de Maritima Radio.
Du dépistage organisé aux traitements ciblés en passant par l’intelligence artificielle, le chercheur fait le point sur les défis actuels et les récents progrès médicaux.
Le dépistage du cancer du sein : « Un élément capital en médecine »
Rappelant l’importance décisive du diagnostic précoce, le professeur souligne l'importance d'une prise en charge bien en amont des premiers symptômes : « Le dépistage, c'est quelque chose qui est capital en médecine en général, mais en cancérologie et notamment dans le cancer du sein. C'est un élément de prévention qu'on appelle la prévention secondaire, et le but du dépistage, c'est d'aller diagnostiquer une maladie avant que la patiente n'ait des symptômes », explique le Pr François Bertucci.
En France, le programme concerne l'ensemble des femmes de 50 à 74 ans, tous les deux ans : « C'est un dépistage qui est gratuit, qui permet une égalité, une équité d'accès aux soins [...] La valeur, l'intérêt du dépistage est aujourd'hui clairement démontré, puisqu'on va pouvoir diagnostiquer des stades moins avancés de la maladie qui vont donc demander des traitements moins lourds et surtout au final améliorer la mortalité. »
Des freins à lever et un taux de participation insuffisant dans le Sud
Malgré ce dispositif pris en charge, la participation demeure en deçà des recommandations nationales et européennes. Selon le Pr François Bertucci, « On considère qu'un dépistage organisé efficace doit toucher 70 % de la population cible. En France, on est à peine à 45 %, avec des disparités selon les régions évidemment, et dans le Sud, on n'est pas très bien placés d'ailleurs. »
Le spécialiste évoque les craintes et idées reçues qui freinent encore certaines femmes : « Il y a des détracteurs du dépistage qui disent que dans à peu près 10 % des cas, on va avoir des faux positifs [...] On a des faux négatifs [...] Il y a des problèmes de surdiagnostic [...] Mais au final, ce qu'il faut retenir aujourd'hui, c'est que ces risques-là sont minimes et que les bénéfices du dépistage sont largement démontrés. »
En cas de doute ou de signe visuel (palpation d'une masse, déformation du sein ou du mamelon, écoulement), le spécialiste rappelle qu'il ne faut pas attendre la prochaine convocation pour consulter.
Précision, désescalade et thérapies ciblées : la révolution des traitements
Les avancées thérapeutiques ont profondément modifié la prise en charge médicale ces dernières décennies. « Si vous voulez, s'il y avait trois mots à retenir, on pourrait dire qu'aujourd'hui on a amélioré la précision des traitements, on a une désescalade qui permet d'améliorer la qualité de vie, et on a une efficacité qui est accrue », ajoute le Pr François Bertucci.
Cette évolution s'explique par une meilleure compréhension biologique de la maladie : « On a amélioré notre compréhension des mécanismes moléculaires, cellulaires, qui font que la maladie va progresser en développant des métastases ou va résister aux traitements. Et ça, ça nous a permis d'identifier depuis une quarantaine d'années de nouvelles cibles thérapeutiques pour développer de nouveaux médicaments, ou des cibles pronostiques ou prédictives de la réponse à un traitement. »
Qu'est-ce que la recherche translationnelle ?
Au-delà de ses activités cliniques, François Bertucci co-dirige le laboratoire d'oncologie prédictive à l'IPC avec le Dr Mamessier. Il détaille la nature de cette recherche « de transfert » : « La recherche translationnelle ou recherche de transfert, c'est en fait le troisième volet de la recherche, qui est situé entre la recherche fondamentale qui se fait sur la paillasse, la recherche clinique qui se fait sur le patient [...] L'idée, c'est en fait de travailler sur des échantillons cliniques provenant de patients [...] pour faire des techniques de profiling de la tumeur pour essayer de cartographier l'ensemble des anomalies moléculaires. »
L'Intelligence Artificielle au service du « Big Data » en oncologie
Interrogé sur les technologies émergentes, le professeur confirme que l'IA devient un outil au quotidien pour exploiter la masse de données médicales collectées : « L'IA est en train de nous aider à plusieurs niveaux [...] surtout pour analyser la masse de données qu'on est en train de collecter aujourd'hui [...] C'est ce qu'on appelle le Big Data [...] L'IA est le seul outil qui va nous permettre d'analyser cette base de données et d'en sortir des marqueurs d'intérêt diagnostic, pronostic, etc. », conclut le Pr François Bertucci.
Un rendez-vous à noter : les « Rencontres autour du cancer du sein », le 2 octobre au Centre des Congrès Vieux-Port avec à 17h30 une conférence grand public sur la sensibilisation et la prévention. Inscription sur le site https://unicancer-paca-sein.
A lire aussi
France
-
Santé
Budget 2027 : une taxe sur les produits sucrés est "sur la table", annonce le ministre du Commerce
Istres
-
Santé
À Istres, un nouvel hôpital de jour pour mieux accompagner les patients atteints de douleurs chroniques
Martigues
-
Santé
Journée mondiale du cœur : l'hôpital de Martigues se délocalise à Port-de-Bouc pour des dépistages gratuits
Marseille
-
Santé
Cancers du sang : l'Institut Paoli-Calmettes à Marseille est à la pointe des révolutions thérapeutiques

