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Marseille : sous une pluie battante, la Nuit de la Solidarité à la rencontre des "invisibles"

3min

Par Maritima 23/01/2026 à 17:42

Dans la nuit de jeudi à vendredi, alors qu’un déluge s’abattait sur la cité phocéenne, un millier de bénévoles ont arpenté les rues pour la 5e édition de la Nuit de la Solidarité. Notre reporter, Cyrielle Blazikowski, a suivi ces équipes de citoyens qui refusent de fermer les yeux sur la grande précarité. Entre diagnostics d'urgence et récits de vie brisés, plongée au cœur d’une maraude hors norme.

Le rendez-vous était donné sous un ciel de plomb. Pour cette 5e édition marseillaise, la météo n'a pas fait de cadeau. Mais pour les 1 000 bénévoles mobilisés — citoyens, élus, agents du Samu Social ou associatifs — la pluie n'était qu'un obstacle de plus face à l'urgence de la situation. L'objectif est clair : recenser les personnes sans-abri et, surtout, identifier leurs besoins réels pour affiner les politiques publiques.

 

"On est là pour le recensement, pas pour soigner"

Dans le quartier de Malaval, nous suivons Clara, Cady et Kaïna. Toutes deux travaillent au quotidien pour le pôle urgence de Sara Logisol, au sein de l'équipe mobile santé précarité. Ce soir, elles ont troqué leur blouse pour le questionnaire de la ville.

"C'est ma première Nuit de la Solidarité", confie Clara entre deux averses. "Nos missions habituelles sont proches, mais ce soir, l'approche est différente. On est là pour le recensement, pour identifier les besoins qui ne sont pas couverts."

La pluie rend la tâche complexe. "Les gens sont moins visibles, ils se cachent dans les halls d'immeubles, les parkings souterrains ou les garages pour s'abriter", explique Kaïna. Sous une tonnelle ou au détour d'une ruelle sombre, chaque rencontre est une plongée dans l'exclusion.

 

 

Le témoignage poignant de "l'homme à la voiture"

Au détour d'une rue, les bénévoles croisent un homme de 58 ans. Cela fait 20 ans qu'il vit à Marseille. Ce soir, il dort dans sa voiture. Son récit est celui d'un naufrage social et sanitaire : "Je suis fatigué. Je vois un psychiatre depuis 8 ans, je prends mon traitement dans la rue, dans le froid", lâche-t-il, la voix marquée par l'usure.

Lorsqu'on lui demande ce que la Ville pourrait faire pour lui, la réponse est immédiate : "Régler ma situation. Je veux un studio, un hébergement." Malgré ses problèmes de santé, notamment des plaies aux mains que les bénévoles l'incitent à surveiller, cet homme illustre le "manque criant" de solutions pérennes pour les plus de 50 ans.

 

 

Benoît Payan : "La solidarité, ce n'est pas un slogan, ce sont des actes"

Présent sur le terrain, le maire de Marseille, Benoît Payan, rappelle que cette opération est le socle de l'action municipale. "Pour nous, il était primordial de faire un diagnostic des personnes que personne ne regarde", explique-t-il au micro de Maritima.

Le maire se veut offensif sur le bilan : "Depuis que nous sommes arrivés, nous avons ouvert six lieux de douche associative et nous allons inaugurer de grandes douches municipales dans dix jours. Nous avons aussi installé des bagageries, car on vole souvent leurs affaires à ces personnes."

Benoît Payan met également en avant la création de 525 places d’hébergement d’urgence, ciblant particulièrement les femmes victimes de violences conjugales. "Il n’y a pas de destin définitif. La solidarité n'est pas un mot, c'est un acte", martèle l'élu, tout en pointant du doigt le manque d'implication du Département dans ces compétences sociales.

 

 

Des chiffres qui donnent le vertige

Pour Audrey Garino, adjointe à la Solidarité, les chiffres de la précarité à Marseille sont une base de travail, mais ils restent "des planchers bas".

  • 16 000 : C’est le nombre de personnes ayant appelé le 115 au moins une fois dans l’année à Marseille pour demander une mise à l’abri.

  • 411 : C’est le nombre de personnes rencontrées à "l’instant T" lors du dernier recensement de la Nuit de la Solidarité, un chiffre qui ne représente que la partie émergée de l'iceberg.

"L'idée, c'est de changer le regard sur la grande exclusion", explique l'élue. "C'est vous, c'est moi, c'est quelqu'un qui a eu un accident de la vie, un chômage, un divorce, et dont la vie s'est effondrée."

 

Vers des solutions concrètes : douches et bagageries

La Nuit de la Solidarité n'est pas qu'une opération comptable. Les données récoltées servent à justifier et orienter les investissements. L'ouverture prochaine des douches municipales de la rue Crimée est l'un des résultats directs de ces diagnostics. Accès à l'hygiène, à l'eau potable, mais aussi stockage des effets personnels : autant de droits fondamentaux que la ville tente de réhabiliter, rue après rue.

Alors que la maraude s'achève tard dans la nuit, le constat reste amer mais l'engagement intact. À Marseille, la pauvreté est "dense", mais la mobilisation des 1 000 bénévoles prouve que la cité phocéenne n'a pas encore perdu son âme solidaire.

 

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