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Audrey Garino : « Marseille a fait de la lutte contre l’habitat indigne une priorité »3min
Par Didier Gesualdi07/11/2026 à 13:00
En plein procès du drame de la rue d'Aubagne, Audrey Garino - 5ᵉ adjointe au maire de Marseille chargée du Logement, de l'Hébergement et de la Lutte contre l'habitat indigne, conseillère métropolitaine et présidente du bailleur social Provence Métropole Logement (PML) - était l'invitée de l'émission « Rue de la République » (Maritima / La Marseillaise). L'élue dresse le bilan des actions municipales, pousse pour un contrôle accru des meublés de tourisme comme Airbnb, et interpelle l'État pour obtenir l'encadrement des loyers à Marseille.
Habitat indigne : un service municipal décuplé et des moyens financiers multipliés
Interrogée sur la prise de conscience des pouvoirs publics face aux dizaines de milliers de logements indignes que compte Marseille, Audrey Garino rappelle les transformations structurelles engagées depuis 2020 : « Nous avons fait de la question du logement et de la lutte contre l'habitat indigne une priorité de l'action municipale. À notre arrivée, le service de sécurité des immeubles comportait 7 personnes. Aujourd'hui, il y a 26 personnes sur ce seul service (dont 16 ingénieurs ou architectes) et globalement 112 personnes à la Ville de Marseille qui luttent au quotidien contre l'habitat indigne. »
Sur le plan financier, l'élue souligne une hausse massive des investissements communaux : « Les travaux d'office ont été multipliés par 50 entre 2017 et 2025. C'était à peine 70 000 euros d'investissements par les majorités précédentes ; aujourd'hui nous sommes à 16 millions d'euros d'investissements depuis 2020. »
Consciente de l'impatience des familles et des collectifs d'habitants, l'adjointe au maire concède la lenteur des procédures légales d'expropriation et de recyclage des immeubles privés : « Je partage cette impatience. Mais nous sommes sur du temps long, on traite des stocks extrêmement conséquents de dizaines de milliers de logements et 25 à 35 ans d'incurie sur ces questions. L'immense majorité des immeubles sont privés, la propriété est protégée et les procédures prennent des années. »
Pour financer ces réhabilitations lourdes, l'élue réclame un soutien continu de l'État, dénonçant au passage les coupes annoncées dans le Projet de Loi de Finances (PLF) : « Pour 4 copropriétés très dégradées concernant 10 000 personnes, c'est plus de 500 millions d'euros de budget. Il n'y aura jamais assez d'argent, nous demandons au gouvernement de l'entendre alors que la Ville va encore perdre 50 millions d'euros de budget. »
Extension du « Permis de louer » et ambition pour le logement social
Interrogée sur les outils de contrôle de l'habitat, Audrey Garino confirme l'efficacité du « Permis de louer » (ou Autorisation préalable de mise en location) : « C'est un outil qui fonctionne. Là où il a été expérimenté depuis 2021 à Noailles, c'est près de 600 logements qui ont été réhabilités et qui sont revenus sur le marché locatif. »
Une réflexion est actuellement en cours pour étendre le périmètre du permis de louer à d'autres secteurs touchés par l'indignité, notamment le 1ᵉʳ, 2ᵉ, 3ᵉ et 15ᵉ arrondissements (incluant Belle de Mai, Homme de Fer/Joliette, ou Croix de Capucin).
Sur le volet du logement social, alors que Marseille enregistre 56 000 demandes en attente, Audrey Garino défend l'objectif de construction (4 500 logements par an dont 2 300 sociaux) et prône un rééquilibrage territorial : « 73 % des habitants de cette ville sont éligibles au logement social. Mais nous n'acceptons plus que les logements sociaux soient concentrés dans des zones qui en ont déjà près de 50 %. Notre ambition, c'est un rééquilibrage territorial dans les arrondissements carencés du centre-ville et des quartiers Sud. »
En tant que présidente de Provence Métropole Logement (PML), l'élue entend également sortir le patrimoine du bailleur des seules frontières marseillaises (où il est concentré à 97 %) tout en engageant un Plan de Sauvegarde du Patrimoine (PSP) de 800 millions à 1 milliard d'euros pour réhabiliter 4 000 logements et en produire 2 000 neufs dans les 10 ans.
Meublés de tourisme et Airbnb : première baisse enregistrée à Marseille
Alors que la municipalité multiplie les actions symboliques et juridiques contre les dérives des meublés de tourisme, l'adjointe au maire justifie une réglementation stricte : « On n'a rien contre les meublés de tourisme ou le tourisme, mais nous avons une ligne politique : le droit au logement de nos habitants. Dans certains quartiers comme Le Panier ou Noailles, 10 % du parc locatif a disparu. »
Grâce aux règles imposées (limite des 90 jours pour les résidences principales, obligation de compensation pour les résidences secondaires) et aux actions en justice intentées contre les multi-propriétaires et marchands de sommeil (avec des condamnations allant jusqu'à 440 000 € d'amende), la tendance s'est inversée : « Entre 2020 et 2023, c'était +73 % d'annonces de meublés de tourisme à Marseille. En 2025, pour la première fois, on enregistre une baisse de -16 %. La réglementation la plus stricte de France commence à porter ses fruits. »
L'objectif affiché par la municipalité est de remettre sur le marché de la location longue durée un vivier estimé à 15 000 logements vacants ou détournés, notamment via le renforcement des aides municipales et l'intermédiation locative.
Encadrement des loyers : « Pourquoi Bayonne ou Grenoble et toujours pas Marseille ? »
Enfin, Audrey Garino réaffirme la demande ferme de la municipalité d'obtenir l'encadrement des loyers à Marseille face à une hausse continue des prix locatifs (+6 % à la relocation en un an) : « La Ville le demande depuis 2022. Les 70 métropoles qui l'ont expérimenté disent que ça marche et souhaitent son renouvellement. En 2025, Bayonne et Grenoble l'ont obtenu, et toujours pas Marseille ! C'est tellement incroyable que je m'interroge sur les causes qui font que Marseille n'en bénéficie toujours pas. Nous continuons de le réclamer fermement au gouvernement. »
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