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Istres : la corrida a-t-elle toujours sa place ?

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Par Joey Temple24/06/2026 à 09:00

Comme depuis 25 ans, les corridas ont rythmé le week-end de la féria à Istres du 19 au 21 juin. L’arène continue de faire le plein mais les opposants sont de plus en plus nombreux. Alors, la corrida a-t-elle toujours sa place à Istres ?

L'arène s'apprête à ouvrir ses portes. Ce samedi 20 juin, à quelques minutes du coup d'envoi de la corrida, une trentaine de militants se mobilise de l'autre côté du centre-ville à Istres. Tracts en main, ils interpellent les automobilistes pour leur faire passer le message : "On ne fait pas la fête autour de la souffrance et de la torture".

Au bord de la route, Audrey Juste, militante istréenne, brandit une photo d'un taureau en sang. Avec les autres, elle scande : "Corrida = torture, ni art ni culture". Cette professeure remet en cause les arguments de ceux qui défendent cette pratique taurine. "Oui, le taureau a une belle vie mais ses 20 dernières minutes sont atroces. On a quand même une lance avec une pique de 10 cm qui lui est plantée dans le cou pour sectionner les muscles, il y a ensuite des banderillas qui sont des harpons plantés dans le dos, et un coup final avec une épée entre les omoplates pour atteindre le thorax. Ces souffrances atroces ne sont plus acceptables de nos jours", alerte Audrey.

Face à cette contestation, les défenseurs de la tauromachie et les aficionados revendiquent haut et fort leur droit de fréquenter les arènes. Bernard Carbuccia, ancien matador et directeur des arènes d'Istres depuis 2007, reste inflexible sur le maintien de cette tradition : "Vous avez le droit de manifester sans porter atteinte aux spectateurs, et les aficionados ont le droit d'aller aux arènes si ça leur plaît."

Pour lui, le format actuel de la corrida à Istres doit demeurer. "La corrida, c'est la mise à mort du taureau en piste. Le jour où il n'y a plus de mise à mort, ça ne peut plus exister, car ce serait une exhibition ridicule et sans intérêt", estime celui qui vient d'effectuer sa dernière saison à Istres avant de rejoindre Nîmes.

Pourtant, cette mise à mort fait débat au sein même du public venu assister à la corrida ce samedi soir à l'arène du Palio. "On ne cherche pas le plaisir dans le sang ni dans la mort, témoigne une première spectatrice. Le taureau est mort pour nous, pour nous faire renaitre, c'est ça qui est bouleversant ! Donc sans la mise à mort ça n'a plus le même message." Quelques sièges plus loin, une autre fervente amoureuse de la corrida tient un discours bien différent. "Je vous jure que jamais je n'ai regardé un taureau se faire tuer. C'est pas possible ! A la fin, je me cache les yeux", avoue-t-elle.

Les corridas sans mise à mort existent. Ce sont les corridas dites "portugaises". Mais alors pourquoi ça ne serait pas une bonne option ? "Si vous faites un bon repas et qu'il n'y a pas de dessert, il manque quelque chose", juge un aficionado dans les travées du Palio.

Pour la municipalité fraîchement élue, la mise à mort n'est pas impérative dans le spectacle proposé. "Il faut demander aux Istréens. On les écoutera si vraiment ils veulent que ça change. On est ouvert au dialogue", explique Franck Baldys, 4e adjoint au maire Robin Prétot et délégué aux traditions.

Le collectif anti-corrida a profité de sa mobilisation samedi pour appeler les Istréens à signer la pétition qu'ils ont lancée contre la corrida à Istres. "On a récolté environ 800 signatures déjà", se félicite Audrey Juste. L'objectif à terme est de prendre rendez-vous avec le maire pour demander l'arrêt de cette pratique. Audrey espère que "la Ville s'engage pour le bien-être animal". Au-delà des préoccupations éthiques, la municipalité réfléchirait déjà à repenser la corrida à Istres, dès l'an prochain, pour des raisons budgétaires.

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