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Sur le massif de la Sainte-Victoire, les Gardes Régionaux Forestiers veillent pour éviter les départs de feu6min
Par Sarah LeGuen29/07/2026 à 18:00
Chaque été, ils sont les premiers à aller à la rencontre des promeneurs. Leur mission : rappeler les bons gestes, faire respecter les fermetures des massifs et donner l'alerte au moindre départ de feu. À la Sainte-Victoire, les Gardes Régionaux Forestiers sont devenus un maillon essentiel de la prévention. Ce mercredi matin, au barrage de Bimont, la Région Sud est venue à leur rencontre pour mettre en lumière ce dispositif devenu incontournable face à des saisons d'incendies toujours plus précoces et plus intenses.
Il est un peu plus de 10 heures ce mercredi matin. Les premiers randonneurs arrivent au barrage de Bimont, l'un des principaux accès au massif de la Sainte-Victoire. Sac sur le dos, chaussures de marche aux pieds, ils s'apprêtent à gravir les sentiers. Mais avant de partir, un passage est désormais incontournable. Dans son uniforme brun, à l'entrée du massif, Rosalie, Garde Régionale Forestière, les accueille. Un sourire, quelques mots échangés... puis les premières recommandations.
Ce matin, le risque incendie est classé vert sur le massif. Les sentiers sont donc ouverts au public mais Rosalie rappelle les règles à respecter : consulter la carte d'accès aux massifs, ne pas fumer, emporter suffisamment d'eau et rester sur les chemins autorisés.
Tous les jours ne se ressemblent pas. Lorsque le risque passe au rouge, elle et ses collègues deviennent les gardiens des massifs. « Lorsqu'un massif est fermé, notre travail consiste à empêcher les personnes d'y entrer. Nous leur expliquons la réglementation du jour et on empêche les visiteurs d'emprunter le sentier Imoucha qui monte à la Croix de Provence et qui est un sentier très populaire. C'est pour éviter que des marcheurs se retrouvent dans le massif lorsque les pompiers doivent effectuer des opérations s'il y a un départ de feu », explique Nils, Garde Régional Forestier.
Cette présence quotidienne est loin d'être symbolique. Chaque été, les gardes croisent encore des visiteurs qui ignorent totalement que l'accès aux massifs est réglementé selon les conditions météorologiques.
« Il y a beaucoup de personnes, même des locaux, qui ne savent pas qu'il existe un code couleur qui régule l'entrée dans nos massifs. On a aussi très souvent des personnes qui vont vouloir rentrer dans le massif avec une cigarette à la main. Cela arrive quasiment tous les matins à nos collègues de l'accueil. Ils sont obligés de faire un rappel à l'ordre. Mais la plupart des visiteurs sont très consciencieux. Parfois, ils repèrent chez d'autres personnes des comportements à risque et viennent nous prévenir. Il y a quand même une conscience collective par rapport au risque du feu de forêt dans la région », raconte le jeune garde.
Une visite de soutien
Ce mercredi matin, les Gardes Régionaux Forestiers n'étaient pas seuls sur le terrain.
Sophie Joissains, vice-présidente de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur et maire d'Aix-en-Provence, avait fait le déplacement jusqu'au barrage de Bimont pour partager une partie de leur patrouille et saluer leur engagement.
À ses côtés figuraient également Arnaud Mercier, président du Grand Site Concors Sainte-Victoire, et Sophie Herete, directrice des Espaces naturels et Grands Sites à la Métropole Aix-Marseille-Provence.
Pour Sophie Joissains, la présence de ces jeunes sur le terrain répond à une nécessité qui ne cesse de grandir. « La Garde Régionale Forestière a été mise en place en 2018, lorsque la Région a adopté son plan "Guerre du Feu". L'objectif était de financer toutes les actions de préservation, d'information et de lutte contre les incendies. Aujourd'hui, près de 40 millions d'euros ont déjà été investis et nous avons renforcé les effectifs de ces gardes qui sensibilisent chaque jour les personnes présentes dans les massifs. Je crois que c'est plutôt un succès. »
Le contexte national donne encore davantage de poids à cette visite.
Depuis le début de l'année, plus de 100 000 hectares sont partis en fumée en France et plusieurs centaines de milliers de personnes ont dû être évacuées. Dans le Var comme en Gironde, les incendies de ces dernières semaines rappellent que le risque est désormais permanent.
Face à cette réalité, la Région Sud veut convaincre que la bataille contre les flammes commence bien avant le premier appel aux pompiers.
« C'est très important de sensibiliser la population », insiste Sophie Joissains. « Beaucoup de personnes qui ne vivent pas à proximité des massifs ne connaissent pas forcément les bons réflexes. Bien sûr, lorsqu'il y a des drames comme ceux que nous vivons actuellement, chacun est sensibilisé. Mais après, les gens oublient. C'est pourquoi la sensibilisation est très importante. »
250 jeunes mobilisés pour protéger les massifs
Durant la saison estivale, la Garde Régionale Forestière reprend du service dans toute la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Au total, ce dispositif mobilise 250 jeunes de 18 à 25 ans, répartis sur 23 territoires, du Parc national des Écrins au massif des Maures, en passant par le Luberon, les Calanques ou encore la Sainte-Victoire.
Financé à 80 % par la Région Sud, soit 1,72 million d'euros en 2026, le dispositif ne cesse de monter en puissance.
Sur la métropole Aix-Marseille-Provence, 14 Gardes Régionaux Forestiers sont déployés. À la Sainte-Victoire, ils patrouillent quotidiennement en binôme pour aller au contact des visiteurs.
« Aujourd'hui, nous étions affectés au versant nord de la Sainte-Victoire », explique Manuel, Garde Régional Forestier. « C'est une patrouille qui est essentiellement véhiculée, même si on peut se permettre une incursion pédestre du côté de la Tour César. Notre rôle consiste principalement à informer les gens sur le risque incendie, la réglementation, mais aussi à être attentifs aux comportements à risque. Une personne qui fume à proximité du massif, par exemple, nous intervenons immédiatement pour lui rappeler les règles. »
Leur mission dépasse pourtant largement la seule prévention des incendies.
« Nous renseignons aussi les randonneurs sur les itinéraires, les sentiers fermés ou encore les précautions à prendre avec la chaleur », poursuit le jeune homme, étudiant en Master de gestion adaptative de la biodiversité à Aix-Marseille Université. « Beaucoup de visiteurs sous-estiment les conditions en plein été. Nous recommandons par exemple de partir avec au moins trois litres d'eau par personne pour monter à la Croix de Provence. »
Une surveillance coordonnée entre tous les acteurs du massif
Mais les GRF ne travaillent jamais seuls.
À la Sainte-Victoire, leur action s'inscrit dans un dispositif beaucoup plus large réunissant le Grand Site Concors Sainte-Victoire, les gardes nature, l'Office national des forêts, le SDIS, la Direction départementale des territoires et de la mer, les comités communaux feux de forêt, les communes, la Métropole et la gendarmerie.
Pour Arnaud Mercier, président du Grand Site Concors Sainte-Victoire, cette coordination est l'une des clés de la protection du massif.
« Nous avons un comité de gestion qui réunit tous les acteurs avant chaque saison. Ensuite, le dispositif fonctionne en plusieurs phases : la protection, la prévention, la surveillance, la sensibilisation... Les Gardes Régionaux Forestiers travaillent aux côtés des gardes nature, tandis que la gendarmerie patrouille également sur les 50 000 hectares du Grand Site. »
Le président rappelle que l'ouverture du massif dépend uniquement des arrêtés préfectoraux publiés chaque soir.
« Aujourd'hui, nous sommes en vert, les visiteurs peuvent accéder au massif. Si nous avions été en rouge, l'accès aurait été fermé et les Gardes Régionaux Forestiers auraient consacré leur journée à informer les visiteurs et à empêcher toute entrée dans le massif. »
Sur le Grand Site, 25 personnes sont mobilisées chaque été pour assurer la prévention, la surveillance et la sensibilisation, permettant de faire circuler quotidiennement trois équipages sur les différents secteurs.
"Nous avons des départs de feu quotidiens"
Malgré toutes ces précautions, le risque reste permanent.
Sophie Hérete, directrice des Espaces Naturels et Grands Sites à la Métropole Aix-Marseille-Provence, ne cache pas la réalité du terrain.
« Nous avons des départs de feu quotidiens. On peut avoir des départs de feu qui sont liés à des imprudences de particuliers ou à des entreprises. Nous travaillons selon une stratégie d'attaque des feux naissants. Dès qu'un départ est signalé, tous les moyens sont engagés immédiatement. »
Cette surveillance permanente repose notamment sur les véhicules de sécurité incendie (VSI) pilotés par l'ONF ou le Département.
« Les VSI mettent généralement entre cinq et dix minutes pour intervenir, tout comme les pompiers. Jusqu'à présent, cette stratégie fonctionne. »
"Tout ce qui est fait sur le Grand Site sert de référence"
Depuis l'incendie dévastateur de 1989, qui avait ravagé une partie de la Sainte-Victoire, le territoire n'a cessé de renforcer ses dispositifs de prévention.
Aujourd'hui, cette organisation dépasse même les frontières de la Provence.
« Tout ce qui est fait sur le territoire du Grand Site sert désormais de référence pour d'autres grands sites en France », explique Arnaud Mercier. « De nombreux territoires, autrefois moins exposés, sont aujourd'hui confrontés au risque incendie et viennent observer notre manière de travailler. »
Pour autant, le président refuse de parler de réussite.
« On ne parle jamais de succès lorsqu'il s'agit de protection d'un risque. Aucun dispositif n'est infaillible. Notre objectif est simplement de réduire le risque au maximum. »
Une mobilisation appelée à durer
Face à des saisons des incendies de plus en plus longues, la Région Sud entend poursuivre ses investissements.
Plusieurs dispositifs d'urgence ont été relancés par la Région pour venir en aide aux territoires touchés : un fonds destiné aux soldats du feu, un fonds d'aide au changement climatique de 5 millions d'euros pour accompagner les communes, les entreprises et les agriculteurs sinistrés, ainsi que le fonds RESPIR pour accélérer les travaux dans les forêts incendiées.
Pour Sophie Joissains, cette mobilisation n'a pas vocation à s'arrêter.
« La lutte contre les incendies est une priorité de la Région. Nous le voyons avec ce qui s'est passé récemment dans le Var ou les Alpes-Maritimes. Nous avons tous en mémoire la Sainte-Victoire embrasée en 1989. C'est une priorité de sécurité. »
En tout cas, sur le barrage de Bimont, les Gardes Régionaux Forestiers continuent leur patrouille. Car derrière chaque conseil donné, chaque mégot éteint, chaque sentier fermé ou chaque départ de feu signalé à temps, il y a peut-être une forêt sauvée.
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