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Un milliard d’euros d’aide aux agriculteurs face à la sécheresse : « Ce n’est pas grand-chose en réalité »

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Par Sarah LeGuen08/09/2026 à 07:01

Face à des vagues de chaleur successives et à une sécheresse qui s’étire depuis plusieurs mois, l’agriculture française traverse une année particulièrement difficile. Dans les Bouches-du-Rhône, du maraîchage aux céréales, en passant par l’élevage et l’apiculture, aucun secteur n’est épargné. Pour Nicolas Decome, secrétaire de la Confédération paysanne des Bouches-du-Rhône, les aides d’urgence annoncées par l’État ce vendredi ne permettent toutefois pas de répondre aux enjeux structurels posés par le changement climatique.

Le gouvernement a annoncé, vendredi 4 septembre, un plan exceptionnel de plus d’un milliard d’euros pour soutenir les agriculteurs touchés par la sécheresse. L’objectif affiché est double : indemniser les pertes exceptionnelles pour éviter les faillites et permettre aux exploitations de relancer leur production.

Cette année, 65 % du territoire français a été confronté à une situation de sécheresse, tandis que 95 départements ont été soumis à des restrictions d’eau, dont 79 classés en situation de crise au plus fort de l’été. Dans de nombreux territoires, les rendements ont chuté de 50 % en moyenne et les stocks de fourrage ont parfois diminué de plus de moitié, selon le ministère de l’Agriculture.

Dans les Bouches-du-Rhône, les conséquences du manque d’eau se font également sentir dans les exploitations. Une situation catastrophique, mais qui n’a rien de surprenant pour la Confédération paysanne, qui alerte depuis plusieurs années sur les conséquences du changement climatique.

« Cela fait quasiment trois mois qu'on est dedans. On a des témoignages en céréales, en maraîchage, en apiculture, en élevage… Peu importe l’espèce, on est impactés lourdement. À la Confédération paysanne, on alertait depuis des années que ça allait se produire : rien n’a été fait pour le préparer », déplore Nicolas Decome.

 

 

Une PAC « fléchée vers l’agro-industrie »

Alors que la Politique agricole commune représente près de 9 milliards d’euros en France, la manière dont ces fonds publics sont répartis interroge. En s’appuyant notamment sur les récentes observations de la Cour des comptes, Nicolas Decome dénonce un manque de soutien aux pratiques agricoles capables de mieux résister au changement climatique.

« Les aides sont assez massives, mais la Cour des comptes vient de pointer qu’elles sont insuffisamment fléchées vers l’adaptation au changement climatique, la biodiversité et l'environnement. L’interprétation des règles par le ministère de l’Agriculture flèche tout pour encourager l’agro-industrie, ce à quoi on s’oppose », affirme le secrétaire de la Confédération paysanne des Bouches-du-Rhône.

Pour le syndicat, l’adaptation au changement climatique passe avant tout par une transformation du modèle agricole. Nicolas Decome défend ainsi des exploitations à taille plus réduite et davantage tournées vers le travail humain.

« Nous défendons des fermes plus petites, beaucoup plus nombreuses, qui s’appuient plus sur le travail humain que sur la surcapitalisation : les mégabassines à des millions d'euros, les gros tracteurs ou les bâtiments énormes. Nous on préfère que ce soit du travail humain. Il n'exclut pas d'avoir un tracteur ou un bâtiment, mais il faut revenir à une échelle plus raisonnable, plus humaine », explique-t-il.

 

Un plan d’aide d’un milliard d’euros : « pas grand-chose » selon le syndicat

Annoncé par le gouvernement pour répondre à l’urgence, le plan de soutien représente plus d’un milliard d’euros. Mais derrière ce montant, les mesures annoncées correspondent à plusieurs dispositifs et enveloppes distincts.

Le principal dispositif d’indemnisation, l’Indemnisation de solidarité nationale (ISN), devrait représenter 520 millions d’euros selon les premières estimations du gouvernement. L’État prévoit également 30 millions d’euros pour les pertes de fonds non assurables concernant notamment les végétaux et les animaux.

À cela s’ajoutent plus de 300 millions d’euros de dégrèvements de taxe foncière sur les propriétés non bâties, 235 millions d’euros pour un fonds de réarmement agricole destiné notamment à financer l’achat de fourrages, de semences ou d’autres intrants, ainsi que 20 millions d’euros pour renforcer la prise en charge des cotisations sociales agricoles par la MSA.

Le gouvernement annonce également la prolongation de plusieurs dispositifs. L’aide exceptionnelle à l’achat d’engrais azotés, d’un montant de 145 millions d’euros, est ainsi prolongée jusqu’au 31 décembre 2026. Le soutien exceptionnel au GNR agricole, à hauteur de 15 centimes par litre, est quant à lui prolongé jusqu’en octobre 2026 pour un montant total de 106 millions d’euros.

Pour la Confédération paysanne, cette enveloppe d’un milliard d’euros doit cependant être remise en perspective. Une partie des sommes annoncées correspond à des mécanismes préexistants ou à des mesures qui ne bénéficient pas directement aux exploitants.

Les dégrèvements de taxe foncière, par exemple, bénéficient aux propriétaires des terres, sans obligation de reverser cette économie  aux agriculteurs qui les louent. Le syndicat estime également que la prise en charge des cotisations sociales représente une enveloppe limitée au regard des difficultés rencontrées sur le terrain.

 

Assurance récolte : 82 % des fermes exclues

La réforme récente du système d’assurance pour les calamités agricoles constitue également un point de tension. Selon la Confédération paysanne, le dispositif exclut une grande partie des exploitations, notamment parce qu’il conditionne l’accès à certaines indemnisations publiques à la souscription d’une assurance privée.

« On a actuellement 82 % des fermes qui ne sont pas assurées. Pas par principe, mais parce que leurs productions sont trop diversifiées, et donc les contrats proposés sont extrêmement chers et dépassent le revenu annuel de la ferme », souligne Nicolas Decome.

Pour sortir de cette situation, la Confédération paysanne préconise de revoir le système d’aide et de privilégier des aides forfaitaires par actif plutôt que des aides calculées à l’hectare ou en fonction de la puissance machinique. L’objectif affiché est de soutenir directement les travailleurs agricoles et les exploitations les plus fragiles.

 

Relancer la production, mais aussi préparer l’avenir

Au-delà de l’indemnisation des pertes, le gouvernement affirme vouloir permettre aux exploitations de redémarrer rapidement. Les 235 millions d’euros du fonds de réarmement agricole doivent notamment aider les agriculteurs à financer leur approvisionnement en aliments pour animaux, fourrages, semences, plants ou autres intrants. Une enveloppe spécifique est également prévue pour les exploitations touchées par les incendies de l’été.

Pour Nicolas Decome, les épisodes de chaleur et de sécheresse sont amenés à se répéter et nécessitent donc une réponse qui dépasse le seul secteur agricole. Il appelle à une réorganisation de l’ensemble de la chaîne alimentaire et à une plus grande solidarité entre ses différents acteurs.

« Actuellement, ce sont l’amont (tracteurs, semences, pesticides) et l’aval (agroalimentaire, grande distribution) qui captent tous les profits, tandis que les marges des fermes réduisent. Ce ne sont pas seulement aux agriculteurs et aux impôts des Français de payer : c'est toute la chaîne de valeur alimentaire qui doit être mise à contribution pour financer une agriculture d'intérêt général », estime-t-il.

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