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Canicule : les abeilles meurent de chaud, année catastrophique pour les apiculteurs provençaux

5min

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Par Rémy Reponty15/08/2026 à 09:08

Les canicules se succèdent depuis la fin du printemps et ont un effet délétère sur les abeilles qui finissent par mourir de chaud. Conséquence : les apiculteurs perdent des ruches par dizaines et annoncent une récolte 2026 amputée de près de 70% de son volume habituel.

Entre sécheresses à répétition, prédateurs voraces et floraisons perturbées, la production de miel de lavande subit un coup de frein historique en Provence. Silvère Bru, apiculteur passionné du territoire, se bat au quotidien pour préserver une activité ancestrale malmenée par le changement climatique.

 

Reportage à la Miellerie des Eyssauts à Grans, dans cette vidéo.

 

(Interview, images et montage : Rémy Reponty pour Maritima Médias.)

 

En Provence, le bourdonnement des abeilles résonne comme la musique de nos étés. Pourtant, dans les garrigues des Bouches-du-Rhône et sur les plateaux de lavande, le silence prend parfois une tournure inquiétante. L’apiculture provençale, symbole de biodiversité et de tradition régionale, traverse une crise sans précédent. Entre dérèglement climatique et pressions environnementales, le quotidien des apiculteurs locaux s'est transformé en un véritable parcours du combattant.

Pour comprendre la réalité du terrain, nous sommes allés à la rencontre de Silvère Bru, figure incontournable de l'apiculture régionale. Entre passion dévorante et constats sans concession, il nous ouvre les portes de son exploitation et partage son diagnostic sur l'avenir de la filière.

 

Un bilan alarmant : des récoltes en chute libre dans nos territoires

Les chiffres parlent d'eux-mêmes et confirment un malaise profond chez les producteurs locaux. Alors que la France consomme environ 40 000 tonnes de miel par an, la production nationale peine désormais à dépasser les 10 000 à 15 000 tonnes selon les années météorologiques, laissant une large place aux importations. En Provence, le miel de lavande, véritable emblème du territoire, accuse des pertes de rendement spectaculaires lors des saisons les plus chaudes.

La cause principale ? Des printemps en montagnes russes et des étés caniculaires où le thermomètre dépasse régulièrement les 40 °C. Privées d'eau, les plantes ne sécrètent plus de nectar. « On assiste à des décalages complets de floraison. Quand les fleurs s'ouvrent mais qu'il fait 38 °C à l'ombre sans une goutte d'eau depuis trois mois, la plante se bloque pour survivre et ne donne plus rien aux abeilles. » Explique l'apiculteur Silvère Bru.

 

Le frelon asiatique et la sécheresse : le double fléau de l'été

Aux aléas météo s'ajoute une menace constante : Vespa velutina, le frelon asiatique à pattes jaunes. Présent en force dans le Sud-Est, ce prédateur s'installe devant les entrées de ruches à la fin de l'été, paralysant toute activité de la colonie. Stressées, les abeilles n'osent plus sortir chercher les dernières provisions indispensables pour passer l'hiver.

Pour l'apiculteur provençal, la charge de travail a littéralement doublé pour maintenir ses cheptels en vie. Il ne s'agit plus seulement de récolter du miel, mais de soutenir artificiellement les colonies pendant les périodes de disette. « Aujourd'hui, sans un suivi sanitaire hebdomadaire et un apport en eau ou en sirop pour compenser le manque de fleurs en été, vous perdez la moitié de vos ruches en quelques mois. »

 

Transhumance et adaptation : la résistance du savoir-faire provençal

Face à ce contexte inédit, les apiculteurs d'ici ne baissent pas les bras. La réponse réside plus que jamais dans la transhumance, une pratique ancrée dans la tradition provençale. Pour trouver de la fraîcheur et de la ressource, les ruches voyagent de nuit : des plaines de la Crau jusqu'aux sommets préalpins, en passant par le plateau de Valensole.

Cette mobilité constante demande une logistique lourde, mais elle reste le seul moyen de garantir la survie des colonies et d'offrir aux consommateurs des miels monofloraux de qualité (châtaignier, thym, lavande, bruyère). « On est devenus des nomades du végétal. On court après la fleur et la goutte d'eau pour que l'abeille puisse faire son travail naturel. » Ironise l'apiculteur provençal.

 

Comment soutenir nos apiculteurs locaux ?

Vous pouvez achetez leurs produits lors de la Fête du miel qui aura lieu à Pelissanne le 18 octobre 2026 ainsi qu'au salon Savim, oragnisé à Marseille au Parc Chanot du 20 au 23 novembre 2026.

Mais il faut aussi préserver l'abeille en Provence car elle est la garantie de notre souveraineté alimentaire et de notre biodiversité régionale. Près de 80 % des espèces de plantes à fleurs dépendent directement de la pollinisation par les insectes. 

En tant que consommateur, plusieurs gestes simples font la différence. D'abord, privilégier le circuit court en achetant son miel directement auprès des producteurs locaux sur les marchés des Bouches-du-Rhône ou en coopérative. Ensuite, lire attentivement les étiquettes, rechercher la mention « Récolté et mis en pot par l'apiculteur » et vérifier l'origine 100 % France / Provence. Enfin, semer des plantes mellifères dans son jardin ou sur son balcon, planter du thym, du romarin, de la lavande ou de la sauge.

L'apiculture provençale est à un tournant de son histoire. Mais grâce à la détermination de passionnés comme Silvère Bru et à une prise de conscience collective, les miels de Provence auront peut-être encore un bel avenir devant eux.

 

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