Marseille
-
Justice
Narcotrafic : un adolescent de 15 ans jugé à Paris pour le meurtre d'un chauffeur VTC à Marseille3min
Par Maritima 08/02/2026 à 16:39
Un adolescent de 15 ans est jugé à partir de mardi au tribunal pour enfants de Paris pour le meurtre en octobre 2024 à Marseille d'un chauffeur de VTC, premier procès emblématique de tueurs à gages mineurs recrutés sur Internet par la criminalité organisée marseillaise.
Le mineur, que la législation interdit de nommer, sera jugé à huis clos pour homicide volontaire en bande organisée à Paris, où la procédure a été délocalisée. Le jugement est attendu jeudi en fin de journée.
Pour la première fois dans un procès, les réquisitions seront prises par le nouveau Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), entré en activité début janvier et basé dans la capitale.
Du fait de son âge, l'adolescent encourt 20 ans de prison, contre la perpétuité s'il avait été majeur. Ayant 14 ans au moment des faits, donc moins de 16 ans, l'excuse de minorité ne peut être écartée par les juges.
Le 4 octobre 2024, le chauffeur de VTC Nessim Ramdane, un père de famille de 36 ans, est retrouvé tué par balle au volant de son véhicule, encastré dans le mur d'une école maternelle à Marseille.
Peu après la découverte du véhicule et du corps, la police reçoit l'appel d'un détenu de la région se présentant comme membre du gang marseillais DZ Mafia, assurant avoir commandité le meurtre d'un narcotrafiquant rival.
Ce contrat était censé venger la mort d'un adolescent de 15 ans, qu'il avait précédemment envoyé intimider ce concurrent, mais qui avait été repéré et poignardé une cinquantaine de fois puis brûlé vif.
Mécontent de son nouveau tueur qui a abattu une personne sans lien avec sa cible, le commanditaire l'a dénoncé à la police qui a interpellé ce dernier dans la foulée.
Le mineur a alors été mis en cause dans cinq affaires en cours non encore jugées, qui n'étaient pas d'une particulière gravité, a indiqué à l'AFP une source judiciaire.
Juste après le meurtre, le procureur de Marseille Nicolas Bessone avait donné des détails sur son profil, expliquant qu'il avait été placé en foyer depuis ses neuf ans, ses parents étant eux-mêmes détenus dans des affaires liées aux stupéfiants.
Recruté sur Snapchat
Recruté sur Snapchat pour ce contrat, l'adolescent du Gard avait été récupéré à Nîmes et installé dans un hôtel à Marseille où lui ont été remis une arme et un téléphone, d'après la source judiciaire.
L'apprenti-tueur a commandé un VTC Bolt pour aller exécuter sa cible. Mais en raison d'un différend avec le chauffeur, dont la nature n'est pas très claire, le mineur l'a abattu d'une balle à l'arrière du crâne durant le trajet.
"J'attends l'audience avec une boule au ventre, car j'ai besoin de voir ce mineur qui a ôté la vie à Nessim, non pas par haine, mais pour lui dire le mal irréparable qu'il a causé à mes enfants", a déclaré Mélanie Giacomi, veuve de Nessim Ramdane, rencontrée par l'AFP à Marseille.
Avec le procès, "j'ai besoin qu'il entende que son acte a plongé une famille entière dans l'horreur et que des enfants devront vivre chaque jour avec l'absence cruelle de leur père", a ajouté l'aide-soignante de 34 ans.
Quelque 500 personnes ont assisté aux obsèques du père de trois enfants, figure du football local, prêt à empiler les emplois pour nourrir sa famille.
L'avocate de la partie civile, Anne Santana-Marc, a dit attendre à l'audience "une étincelle d'empathie" de l'adolescent, regrettant qu'"exactement ce qui s'est passé, nous ne le saurons certainement jamais".
Sollicitées par l'AFP, les avocates du mineur, Coline Grindel et Eva Bensoussan, n'ont pas souhaité s'exprimer.
L'affaire amorce la vague de procès liées à l'embauche croissante de mineurs par la criminalité organisée marseillaise, qui se matérialise déjà dans la hausse de 18% de l'activité pénale du tribunal pour enfants de Marseille l'année dernière.
"Cette délinquance est marquée par des passages à l'acte de plus en plus violents, par le recrutement de mineurs dans les réseaux de narcotrafic, mineurs qui deviennent souvent victimes d'actes de torture et de barbarie, de séquestration voire d'assassinats", avait noté fin janvier Olivier Leurent, président du tribunal judiciaire de Marseille, à l'audience solennelle de rentrée.
Parmi les dossiers emblématiques qui arriveront bientôt devant les tribunaux pour enfants figure notamment la mort en 2023 de Socayna, une étudiante en droit abattue dans sa chambre, victime collatérale d'une balle perdue dans la cité Saint-Thys à Marseille.
© Agence France-Presse
A lire aussi
Aix-en-Provence
-
Justice
"Aucun lien" entre Sébastien Delogu et le narcotrafic, assure son avocat après une audition à la gendarmerie d'Aix
Aix-en-Provence
-
Justice
"On est séquestré par le réseau" : un procès à Aix symbole des violences dans la drogue à Marseille
Saint-Chamas
-
Justice
Étang de Berre : l’État et EDF face à leurs responsabilités ce jeudi devant la justice
Marseille
-
Justice
Plan écoles à Marseille : la justice saisie sur la gestion des chantiers

