LogoMaritima
LogoMaritima

Marseille

-

Justice

Procès de la rue d'Aubagne : « Les juges doivent condamner l'habitat indigne ! »

2min

image

Par Didier Gesualdi02/11/2026 à 12:05

Près de huit ans après le drame du 5 novembre 2018 qui a coûté la vie à huit personnes, une nouvelle étape judiciaire s'ouvre ce lundi à Marseille. Invité de la matinale de Maritima à quelques heures du début des audiences, Kevin Vacher, membre fondateur du Collectif du 5 Novembre, livre une analyse sans concession sur les attentes des familles, les lenteurs de la rénovation urbaine et la force du « pouvoir habitant » face au mal-logement.

Au lendemain d’une marche pour la justice et le logement digne ayant réuni un bon millier de manifestants à Marseille, les familles et les parties civiles se retrouvent dès 13 heures devant le tribunal pour un procès qui doit s'étirer jusqu'au 18 décembre.

 

Une marche unie face à une justice qui « ne répare jamais vraiment »

Pour Kevin Vacher, le cortège de ce dimanche a d'abord permis de resserrer les liens et d'offrir ce que les institutions peinent parfois à garantir : « On est dans un état d'esprit assez digne et rassemblé parce qu'il y a eu une très belle marche pour la justice et le logement digne hier, une des seules marches d'ailleurs autorisées en France malgré les menaces d'interdiction dans la semaine. Il y avait un bon millier de personnes présentes pour écouter à la fois les prises de parole des familles de victimes mais aussi des associations et des collectifs qui se battent contre le mal-logement partout à Marseille. »

Cette mobilisation populaire reste le socle du combat : « Ça nous a rassemblés, ça nous a permis de nous offrir à nous-mêmes une reconnaissance collective, une forme de réparation. Parce qu'on sait que la justice n'apporte jamais vraiment lorsqu'on parle de la disparition de huit de nos voisins et voisines. »

 

Un premier verdict contradictoire entre symbole politique et relaxes incomprises

Revenant sur les condamnations et les relaxes prononcées lors de la première instance, Kevin Vacher pointe un jugement en demi-teinte : « C'était un verdict assez contradictoire parce qu'il y avait à la fois des condamnations qui étaient assez importantes, y compris en terme de leçon politique. Je pense par exemple à la condamnation de Julien Ruas, l'ex-adjoint au péril de Jean-Claude Gaudin, qui avait été condamné, et le délibéré le disait, pour les choix politiques et budgétaires qui avaient été faits. C'est un message envoyé à l'ensemble des communes de France, un message d'avertissement sur leur responsabilité. »

Mais le militant ne cache pas l'amertume ressentie face à certains dénouements : « Il y a eu des condamnations par ailleurs trop faibles en terme de quantité de peines et des relaxes : celle de Marseille Habitat, censé résorber l'habitat indigne, le bailleur social de la Ville de Marseille, qui a été déresponsabilisé alors qu'il a laissé se dégrader le 63 rue d'Aubagne. Il était assez clair pendant le déroulé que ça avait impacté et contribué à l'effondrement du 65. »

 

Rénovation urbaine : « Seulement 40 immeubles en cours de travaux en 2026 »

Interrogé sur le renforcement du service municipal de l'Habitat depuis 2020, Kevin Vacher rappelle que ces avancées découlent directement des mobilisations citoyennes : « On avait en effet huit personnes au service des périls à l'époque de l'effondrement, dont la moitié était en burn-out. Grâce aux luttes des habitants, on avait une cinquantaine de personnes au moment de 2020 qui avaient été embauchées parce qu'il y avait une pression citoyenne qui avait été mise. La nouvelle mairie a continué cette progression évidemment, mais n'a pour autant pas lancé de nouvelle vision sur la question du mal-logement. Elle se contente aujourd'hui d'appliquer en partie les victoires qui avaient été obtenues par les mouvements habitants. »

Le représentant du collectif pointe un manque criant de moyens et d'ambition de l'État : « Aujourd'hui ce qui nous manque, c'est une véritable vision et un financement par ailleurs par l'État, et certains changements législatifs qui permettraient enfin d'aller plus loin. Je vous donne un seul exemple : il y a 40 immeubles seulement aujourd'hui en 2026 qui sont en cours de rénovation par la Société d'aménagement de la Ville, de la Métropole et de l'État (la SPLA-IN), alors qu'en 2029 on était censé avoir résorbé des milliers de logements indignes. »

 

Des alertes citoyennes ignorées et un drame encore possible

Pour illustrer les défaillances persistantes, Kevin Vacher cite l'effondrement survenu en juin dernier à quelques mètres de son propre domicile : « Suite à cet effondrement, un de nos voisins est mort d'une pneumopathie car il avait respiré les poussières. Franck Caro [le directeur général de la société publique d'aménagement] nous a dit publiquement une dizaine de jours après que sa société était là pour réparer le quartier et qu'elle avait failli. On a bien une politique d'aménagement et de rénovation défaillante encore une fois. »

Avant d'ajouter avec fermeté : « Nous sommes là justement, comme le disait le procureur Bessone il y a deux ans au procès en première instance, pour être les aiguillons des pouvoirs publics. Encore faut-il que ceux-ci nous écoutent et écoutent les alertes des habitants. Sur cet effondrement de juin dernier, les habitants avaient alerté sur le fait que les travaux laissaient encourir de graves dangers pour l'ensemble de la place. Les ouvriers avaient été évacués du chantier le matin même et aucune mesure de sécurisation n'avait été prise ni par la Ville ni par la société d'aménagement pour les alentours. »

Le risque d'une nouvelle catastrophe n'est donc pas écarté : « Le drame, il est toujours possible. On a encore des situations d'habitants et d'habitantes qu'on suit où il y a des situations de péril qui ne sont pas mises, des évacuations qui ne sont pas faites, des injonctions aux travaux qui n'avancent pas. Et ce n'est pas que Marseille : on a en France 600 000 personnes qui vivent dans des états de logement extrêmement graves. La loi logement récente du gouvernement n'a rien permis d'avancer, bien au contraire. »

 

« La colère d’une ville » : un livre pour transmettre la leçon du pouvoir habitant

Ce combat acharné, Kevin Vacher le retrace dans un ouvrage à paraître ce vendredi 6 novembre aux éditions Wildproject, intitulé La Colère d'une ville - Après les effondrements, le pouvoir habitant : « C'est un travail collectif avec beaucoup d'acteurs de cette lutte. Ça a été une enquête complémentaire, y compris du point de vue des institutions, pour comprendre comment ça se fait que plein d'autres drames du mal-logement ont été passés sous silence et continuent à l'être, et qu'à un moment donné à Marseille, il y a eu des organisations de la solidarité de voisinage, un pouvoir habitant qui a permis de faire de ce drame un événement, puis de cet événement un fait politique. »

Une expérience locale devenue une boussole pour d'autres territoires : « C'est une leçon assez générale pour toutes les luttes des quartiers populaires partout en France. Dans nos relations de voisinage, dans notre histoire sociale, il se cache une capacité politique à faire différemment. Une capacité qui n'est malheureusement pas suffisamment écoutée mais qui pourrait être puissante de dignité et de solutions. »

Et de lancer un appel en conclusion : « Jusqu'au 18 décembre, les audiences sont publiques et on invite tout le monde à s'y rendre pour montrer à la justice l'attente des Marseillaises et des Marseillais, et soutenir les familles. »

 

À lire aussi : Rue d’Aubagne : forte mobilisation à la veille du procès en appel

À lire aussi : Le drame des effondrements de la rue d'Aubagne à nouveau en procès à Marseille

A lire aussi


Le drame des effondrements de la rue d'Aubagne à nouveau en procès à Marseille

Marseille

-

Justice

Le drame des effondrements de la rue d'Aubagne à nouveau en procès à Marseille

Attaque meurtrière en France : l'assaillant transféré au tribunal en vue de son inculpation

France

-

Justice

Attaque meurtrière en France : l'assaillant transféré au tribunal en vue de son inculpation

Amine Kessaci évoque le souvenir de son "grand frère protecteur" au procès du triple narchomicide

Aix-en-Provence

-

Justice

Amine Kessaci évoque le souvenir de son "grand frère protecteur" au procès du triple narchomicide

"Je tiens à ma vie" : la peur des réseaux au procès à Aix du triple narchomicide

Aix-en-Provence

-

Justice

"Je tiens à ma vie" : la peur des réseaux au procès à Aix du triple narchomicide

93.6 & 87.9 FM

Abonnez-vous à la newsletter
pour suivre notre activité et obtenir des offres