Introduit en 2004 dans le sud-ouest de la France probablement après l'importation de poteries de Chine, aujourd'hui présent dans tout le pays, ce frelon est un grand prédateur d'insectes et en particulier d'abeilles domestiques.
Cet insecte a été signalé dans le département des Alpes-Maritimes, voisin de l'Italie et situé au bord de la Méditerranée, "depuis 15 ans, mais jusqu'en 2022, les dégâts sont restés à une petite échelle", explique Jean-Louis Lautard, président du Syndicat des miels de Provence, qui compte 320 fermes adhérentes.
Quelques frelons autour d'une ruche peuvent dissuader les abeilles d'aller butiner, ce qui fait chuter la production de miel et fragilise les essaims en limitant la capacité de ponte de la reine.
Mais désormais, les frelons colonisent tout et "les ruches sont en train de mourir". Ainsi, une apicultrice a témoigné avoir perdu la moitié d'un rucher en une semaine sur les hauteurs au nord-ouest de la ville de Cannes, célèbre pour son festival du film.
Face au fléau, le gouvernement a annoncé le 16 septembre la mise en place d'un plan de lutte, voté par le Parlement en 2025, qui prévoit un pilotage national pour des dispositifs de piégeage des fondatrices de nids de frelon au printemps, de destruction de nids jusqu'à l'automne, de réduction du stress des abeilles...
Mais l'enveloppe prévue cette année au niveau national est limitée à trois millions d'euros.
Or, rien que pour les Alpes-Maritimes, le conseil départemental a dû aligner 1,5 million d'euros pour la destruction de plus de 6.400 nids entre 2014 et 2024. Trop coûteux, le dispositif est désormais limité aux nids repérés à moins de 1,5 km d'un rucher.
"Le frelon asiatique est devenu une difficulté majeure pour les apiculteurs, comme le loup pour les éleveurs ovins", insiste M. Lautard, relevant que le plan national ne prévoit toujours pas d'indemnisation des producteurs touchés.
"Prédateur" de la biodiversité
"Nous subissons la menace d'un prédateur dont tout le monde se fiche" alors qu'il détruit toute la biodiversité en dévorant aussi coccinelles, papillons, sauterelles etc., déplore-t-il.
Comme ailleurs en France, des apiculteurs expérimentent des solutions sur un terrain agricole loué à la ville de Cannes, sous l'égide de l'Association pour le développement de l'apiculture provençale (Adapi).
Il y a trois ans, ils avaient tendu des filets mais les frelons ont détruit toutes les ruches.
Cette année, des carrés de grillages électrifiés, baptisés harpes électriques, ont été positionnés près des ruches pour choquer les frelons qui passent et les dissuader de revenir.
Quelques frelons rôdent toujours autour de la trentaine de ruches protégées, mais les abeilles vont et viennent en nombre. Dans la zone non protégée, elles sont beaucoup plus rares autour des ruches, dont plusieurs sont entièrement envahies par des frelons.
Mais les harpes électriques coûtent 50 euros par ruche, soit le tiers du prix d'un essaim. Et elles exigent une maintenance très régulière.
"Il n'y a pas encore de solution opérationnelle et satisfaisante", se désole M. Lautard, réclamant des études scientifiques plus poussées sur le frelon.
Un cas de conscience pour Pascal Jourdan, président de l'Adapi, dont l'un des rôles est d'accompagner les nouveaux apiculteurs: "Installer des jeunes, c'est problématique. On ne sait pas si on ne les envoie pas au casse-pipe".
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