Martigues
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Santé,
Transport
Martigues : la colère des infirmières libérales face aux prix des carburants3min
Par Cassandre Amouroux04/11/2026 à 09:03
Sur les routes pour soigner les malades à domicile, les infirmières et infirmiers libéraux sont aujourd'hui pris à la gorge par la flambée des prix à la pompe et le gel de leurs tarifs. Invitée sur Maritima Radio, Sophie Sirop, porte-parole régionale du Collectif des infirmières libérales en colère en Paca, pousse un coup de gueule. Entre tournées à perte, abandons de patients isolés et reconversions massives, elle alerte sur l'apparition imminente d'un « désert paramédical » sur le pourtour de l'Étang de Berre.
Alors que les promesses d'aides gouvernementales restent lettre morte sur le terrain, le malaise s'aggrave de jour en jour pour ces soignants indispensables du quotidien.
Des aides fantômes et une indemnité nette dérisoire de 1,35 euro
Pour Sophie Sirop, les dispositifs d'allègement annoncés par l'exécutif ne correspondent en rien à la réalité de la profession : « Tout est compliqué depuis quelques mois et effectivement l'augmentation des prix à la pompe ne nous permet pas forcément d'aller très loin. Les carburants ont augmenté, mais notre indemnité de déplacement n'a pas augmenté. Il y a eu l'aide de 100 euros pour les gros rouleurs, nous n'avons pas de chiffres mais il y a très peu d'élus parce qu'on gagne en brut, donc on dépasse souvent le plafond. »
Quant à l'aide forfaitaire de 80 euros promise à la profession, l'amertume est totale : « Il y a une aide de 80 euros qui doit être donnée sous conditions… mais le problème c'est : quelles sont les conditions ? Jusqu'à maintenant, personne ne connaît les conditions, rien n'est paru, donc personne n'a eu l'aide. Sachant que nous sommes imposés au minimum à 50 %, 80 euros, une fois rentré dans ma poche, ça me fait 40 euros : autant vous dire que ce n'est rien du tout ! »
L'exemple de Saint-Julien : quand se déplacer coûte plus cher que l'acte
Installée sur la commune de Martigues, l'infirmière décrit des journées à rallonge où chaque kilomètre parcouru pèse lourdement sur le portefeuille : « Moi je ne fais que Martigues-Jonquières, et en faisant que Martigues-Jonquières, je fais déjà plus de 100 kilomètres par jour ! Il faudrait surtout une aide qui soit indexée sur le prix de l'essence, parce qu'on a un forfait de déplacement à 2,75 euros brut, ce qui fait qu'il nous reste 1,35 euro net par déplacement. »
Un calcul financier qui tourne à l'absurde dès qu'il s'agit de quitter l'hyper-centre pour visiter les hameaux périphériques : « Quand je vais à Saint-Julien, qui est à 7 kilomètres aller et 7 kilomètres retour depuis Jonquières, j'ai dépensé 16 euros de carburant. Et en retour, on me donne 9 euros en net… Donc je ne vais pas à Saint-Julien, voilà ! C'est surtout trop cher parce qu'on est obligé d'appliquer une indemnité forfaitaire : Saint-Julien, Saint-Pierre, Les Ventrons font partie de Martigues, ils sont assimilés à Martigues, sauf qu'au niveau du kilométrage, on ne s'y retrouve pas. »
« Du désert médical au désert paramédical » : le tri contraint des patients
Faute de rentabilité, les soignants sont contraints de refuser de nouvelles prises en charge, créant des zones blanches de soins à domicile : « Ceux que j'ai déjà, je continue à y aller. Mais si on m'appelle et que le patient n'habite pas à côté d'un autre patient, je n'y vais pas ! On est en train de passer d'un désert médical à un désert paramédical à cause des frais. Le fait d'avoir toutes ces charges qui augmentent avec un revenu qui n'est pas proportionnel, ça démotive tout le monde. »
Une profession qui pousse à la reconvertion
L'épuisement financier et moral incite désormais de nombreux professionnels à se diriger vers la sortie, à un rythme jamais observé auparavant : « Je suis responsable d'un petit groupe autour de l'Étang de Berre où on est 17 : j'en ai déjà 4 qui sont parties en moins de deux ans. On est à peu près à 50 % de départs prévus dans les cinq ans sur ce petit groupe, et moi-même je serai partie ! »
Face à cette crise existentielle, une délégation du collectif prend la direction de Bruxelles ce mardi : « On va au Parlement européen pour faire parler de la profession infirmière et essayer de sauver les infirmières qui vont tous les jours chez les patients à domicile. »
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