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Sébastien Quessada, taxi à Marignane : "On travaille plus d’heures pour compenser la hausse du carburant"3min
Par Norhène Ouerfelli11/03/2026 à 14:41
Face à l'envolée des prix à la pompe, les chauffeurs de taxis tirent la sonnette d'alarme. Entre tarifs réglementés, concurrence des plateformes numériques et explosion des charges, les chauffeurs de taxis, doivent s'adapter pour rester rentables.
Depuis quelques semaines, le prix de l’essence et du gasoil s’affole, avec des hausses dépassant parfois les 15 centimes en seulement sept jours. Pour les professionnels de la route, ce qui pourrait sembler être un détail pour un particulier devient un véritable gouffre financier.
Une adaptation forcée face à la crise
Pour Sébastien Quessada, l'heure est à la gestion de précision. Comme tout "gros rouleur", le taxi doit ruser pour préserver ses marges. "On s’adapte comme tout particulier gros rouleur. On essaie de se donner l’info : dans quelle station le carburant est le moins cher ?" , explique-t-il. Si l'optimisation des trajets fait partie du quotidien d'un bon gestionnaire, la situation actuelle pousse les chauffeurs dans leurs retranchements : "On essaie un maximum d’optimiser les transports... d’autant plus dans ces situations de crise".
Un manque à gagner « considérable » et des tarifs bloqués
Le calcul est rapide mais douloureux. Un taxi consomme en moyenne 30 litres de carburant par jour. Une hausse de 10 centimes par litre représente une perte sèche immédiate sur la recette quotidienne. Contrairement à d'autres secteurs, le taxi ne peut pas répercuter cette hausse sur ses clients. "On ne peut pas réévaluer nos tarifs vis-à-vis du coût de la vie. Les tarifs réglementés par l'État permettent un juste prix auprès des usagers, mais cela nous fait un grand manque à gagner". Sébastien souligne ici une distorsion de concurrence majeure avec les VTC : "la concurrence des plateformes va automatiquement répercuter la hausse des tarifs du carburant sur les usagers. Ils en paieront la note, mais pas nous".
Le taxi : entre réglementation et pression fiscale
Au-delà du carburant, c'est tout l'écosystème du transport qui est sous tension. Sébastien évoque la hausse globale du coût des pièces automobiles depuis la crise ukrainienne et le poids de la fiscalité française. "L’artisan, globalement, c’est une vache à lait pour l’État. Qu’on soit taxi, boulanger ou cordonnier, on est déjà pas mal taxé par l’URSSAF, à hauteur de 48 % de ce qu’on a gagné dans l’année", déplore l'artisan marignanais. Pour compenser ces pertes, une seule solution, souvent épuisante : travailler plus d'heures chaque jour.
L'Intelligence Artificielle au service de la rentabilité
Pour survivre, les taxis misent sur la technologie. Sébastien Quessada balaie l'idée que les chauffeurs délaisseraient les « petites courses » au profit des plus rentables. Pour lui, le secret réside dans le maillage, "toutes les courses sont rentables. L’idée est de pouvoir optimiser la planification pour que les courses s’enchaînent les unes aux autres : petite, moyenne comme grande". Pour ce faire, les chauffeurs utilisent désormais des outils numériques et l'intelligence artificielle pour réduire les temps d'attente et les trajets à vide entre deux clients.
Vers un « carburant professionnel » ?
Interrogé sur les solutions possibles, Sébastien Quessada accueille favorablement l'idée d'une détaxation, mais il appelle à une mesure plus structurelle et pérenne. "On devrait quand même penser à mettre en place un carburant à destination des professionnels, comme il en existe déjà pour les pêcheurs. Ce problème risque de s’intensifier ces prochaines années avec de multiples crises mondiales".
Dans une société qu'il juge « assez incertaine », Sébastien Quessada espère que l'État saura entendre la voix des artisans qui, malgré les outils technologiques, peinent de plus en plus à maintenir la tête hors de l'eau.
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